Synthèses thématiques

Des perles pour prier

Si quelques opérations de la période moderne ont livré des restes de chapelet en os (voir par exemple les sites de la Salle de la Cité, du 5 allée Coysevox et de la Place Sainte-Anne), l’intervention des 52-56 rue de Dinan se démarque par le grand nombre des rejets d’os, témoignage de l’activité du patenôtrier (fabricant de chapelet). Ce type de découverte est plutôt rare. Ici, la densité des déchets qui ont servi à combler trois fosses indique que l’atelier devait sans doute se trouver dans un environnement proche du site.
Après tri, les rejets se divisent en deux lots. Les restes d’os longs débités ou taillés sont pour la plupart des métapodes (os des pattes) de bovidés. Le second groupe réunit les pièces en cours de débitage, inachevées ou abandonnées en fin de réalisation. Leur diversité permet de retracer une bonne partie de la chaîne opératoire, de la matière première à l’objet fini.

Ainsi, les os longs sont d’abord débarrassés des extrémités inutilisables, puis le tronçon obtenu est coupé longitudinalement pour dégager des baguettes. Ces dernières sont débitées en fonction de la longueur des pièces à produire.Les rejets sont exclusivement constitués de restes de perles, indiquant qu’il s’agit d’une production de chapelet.

Les modules correspondent à des perles sphériques simples de différentes tailles, en navettes ovales, striées ou en balustre. Perforées longitudinalement, ces dernières peuvent aussi servir à la confection de petits crucifix agrémentant les extrémités des chapelets.

La fine perforation longitudinale pour l’enfilage ainsi que le façonnage du volume des perles se réalisent sur un tour rotatif à l’aide de ciseaux et de limes. Cette étape de finition, particulièrement délicate, peut générer des « ratés » expliquant la masse des rejets retrouvés ici.