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Des offrandes alimentaires pour qui ?

À plusieurs reprises, des récipients enterrés contenant des restes osseux d’animaux découpés (bœuf, porc, poisson, mouton, lièvre, capriné) ont été mis en évidence lors de fouilles de quartiers antiques menées au cours de ces vingt-cinq dernières années et peut être même dès le XIXe siècle (sites du Campus et du Parking de la place Hoche, ceux du couvent de la Visitation, de la Station Sainte-Anne ligne A, de la Salle de la Cité, du 18 allée Coysevox et enfin du 6 rue Robelin). Dès le XIXe siècle (rue d’Antrain en 1846 et près de la rue d’Échange en 1872), deux trouvailles semblent également s’apparenter au même registre.
Cette particularité mérite d’être soulignée car, à ce jour, très peu de découvertes analogues sont connues dans l’empire romain. À Rennes, chacun des cas cités correspond à un dépôt intentionnel : les récipients ont été ensevelis en pleine terre, sans réceptacle particulier ; pour plusieurs d’entre eux, le col ou l’embouchure, selon le type de vase, affleurait à la surface du sol et était protégé par un élément formant couvercle ; d’autres en revanche étaient totalement cachés après leur enfouissement. Les contenants étaient en céramique (vases à usage culinaire de formes diverses, petites amphores ou jattes), mais sur le site du parking de la place Hoche, l’un d’eux était un bocal de verre.
Le point commun entre tous ces dépôts découverts à Rennes est qu’ils étaient localisés en intérieur d’îlot mais à l’extérieur des bâtiments, dans des cours ou des jardins privés et dans des contextes chronologiques remontant aux Ier et IIe siècles de notre ère. La plupart du temps, l’étude des contenus a révélé la présence de morceaux de viande découpés. Si la quasi-totalité de ceux-ci comportait des restes osseux permettant d’identifier l’animal d’origine, quelques récipients ne contenaient pas d’ossements. Au bout du compte, ces dépôts de nourriture rennais sont interprétés par les spécialistes comme des témoignages de rituels religieux domestiques, mais on ignore à qui ils étaient consacrés.
La découverte la plus significative est sans aucun doute celle du Campus de la place Hoche. Particulièrement nombreux, les dépôts y étaient disséminés sur une surface de quelques dizaines de mètres carrés, à proximité immédiate de petits édicules quadrangulaires évoquant de possibles autels. Au pied de l’un de ces derniers, contre sa face sud, se trouvaient deux vases placés aux angles. L’un d’eux était pourvu d’un couvercle constitué par un fragment de tuile affleurant à la surface du sol, ce qui permet d’envisager qu’on y déposait régulièrement de la nourriture. Deux objets souvent utilisés lors des rituels, un couteau et une lampe à huile ainsi que de nombreux fragments de fioles à parfums et un petit vase en verre fondu ont été retrouvés à proximité.
Pour en savoir davantage : Lepetz (s.), Pouille (D.).- « Les dépôts alimentaires de Rennes-Condate, témoignages de rituels célébrés en contexte privé ? » dans S. Lepetz, W, Van Andringa (èd.), Le sacrifice animal en Gaule romaine. Rituels et pratiques alimentaires, actes de la table ronde tenue au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris en 2002, Editions Monique Mergoil, Montagnac, 2008.