Synthèses thématiques

L’approvisionnement en eau de la ville romaine

L’aqueduc introuvable

Le moyen auquel Condate avait recours pour son alimentation en eau a longtemps été sujet à controverses. Au XIXe siècle, sans doute parce qu’il leur paraissait logique qu’une ville romaine en soit dotée, certains érudits avaient interprété plusieurs tronçons de maçonneries anciennes observés çà et là en ville comme les restes d’un aqueduc. Cette hypothèse a été longuement débattue, puis il a été admis, dans les années 1980, qu’il n’existait pas de preuve tangible de l’existence d’un tel équipement. Il est vrai qu’aucun vestige de specus (canal d’alimentation de l’aqueduc), de château d’eau primaire ou secondaire, ni même de fontaine de rue n’a, à ce jour, été découvert. Il faut néanmoins signaler que quelques sites, comme l’Hôtel-Dieu rue de Saint-Malo, la Station de métro Sainte-Anne Ligne A ou la Visitation, ont récemment livré de curieux restes de canalisations enterrées qui auraient pu abriter des tuyauteries en matériaux périssables dont aucun vestige n’était conservé. Sur l’Hôtel-Dieu, des tuyauteries en bois assemblées par des frettes métalliques ont été retrouvées. Quelqu’intrigants que soient ces indices, ils ne suffisent pas pour attester l’existence d’un réseau d’adduction d’eau urbain. La construction ainsi que l’entretien de telles installations était très coûteux pour la cité et les riches notables qui en étaient à la tête. Il est donc fort probable qu’à Condate, où il était assez aisé de s’alimenter en eau au moyen de puits peu profonds, ce soit cette solution qui ait été privilégiée.

Des puits parfois équipés de pompes

Le nombre important de puits mis en évidence lors des fouilles menées ces dernières années montre effectivement que c’est ce système simple qui a été adopté pour subvenir aux besoins en eau des populations. Selon les emplacements, les creusements sont plus ou moins profonds. Sur le plateau, dans le secteur de la place Hoche et du Campus de la Place Hoche, les points de captage sont assez proches de la surface du sol. L’eau circule rapidement et est collectée dans les micro-failles du socle schisteux. Les puits n’y dépassent généralement pas 4 à 5 m de profondeur. Seule leur partie supérieure est presque systématiquement chemisée à l’aide d’une maçonnerie circulaire en pierres sèches. Plus bas le dispositif se poursuit par un boyau directement taillé dans le roc. Les coups de pics des puisatiers y sont d’ailleurs encore parfois observables. Ailleurs, sur le versant, les creusements peuvent atteindre 10 à 12 m de profondeur.

Sur les 1 800 m2 de la fouille du Campus Hoche, pas moins de huit puits ayant fonctionné pour la plupart presque simultanément ont été dénombrés. Plus récemment, sur la fouille du 18 allée Coysevox, cinq ont pu être mis en évidence sur une surface de 600 m2. Deux d’entre eux ont été intégralement fouillés. 

La position qu’occupent les puits au sein de l’espace indique leur statut. Il existe des puits privés, comme ceux installés au beau milieu de la cour d’une domus (vaste maison urbaine à cour centrale) ; le Parking de la place Hoche ou le site de l’hôpital Ambroise Paré en ont chacun livré un. D’autres sont mitoyens, situés dans des cours accessibles à tous ou le long de ruelles, ce qui suppose que chacun pouvait y puiser de l’eau. Place Hoche, un puits empiétait largement sur la chaussée ; comme une citerne de carrefour majoritairement alimentée par les eaux pluviales qui a été observée au couvent de la Visitation, il faisait sans doute office de point de ravitaillement pour les attelages circulant dans le secteur.

Certains des points d’eau ont probablement été affectés en priorité à l’alimentation d’un bâtiment ou d’une activité artisanale, tel l’énorme puits jouxtant le monument observé lors de la fouille du 52-56 rue de Dinan. Récemment, lors de la fouille du 18 allée Coysevox, les restes de plantes tinctoriales retrouvées dans le fond du comblement d’un puits ont aidé à identifier les énigmatiques vestiges voisins comme étant ceux d’une teinturerie. Le puits servait évidemment à pourvoir cette activité très consommatrice en eau. 

Dans certains cas les installations étaient équipées de pompes permettant d’amener de l’eau sous pression dans la demeure voisine. À Condate on n’a pas eu la chance de mettre au jour, comme à Périgueux, une pompe en bois immergée conservée dans la vase. En revanche des indices comme le tracé de la canalisation reliant le puits à la maison (sur les sites du Campus Hoche et de la Station Sainte-Anne ligne A) ou une frette métallique d’assemblage de tuyauterie en bois (sur le Campus Hoche) suffisent pour attester la présence de ce genre de machine.

Les citernes

Sur plusieurs sites sont apparues de profondes fosses circulaires dont le comblement montre qu’elles étaient à l’origine cuvelées de bois. Au Campus de la place Hoche, l’une d’elles devait être alimentée par un puits voisin ; une autre était protégée par une petite construction afin d’éviter l’accumulation des impuretés. Toutes les deux sont des installations anciennes qui, comme la citerne récemment mise au jour lors de la fouille du Métro Val ligne B Station place Sainte-Anne, remontent aux origines de la ville.

Des mines d’informations

À la fin de leur période d’utilisation, tous ces creusements ont souvent servi de dépotoir avant d’être remblayés. Les matériaux des chemisages et margelles ont parfois été récupérés auparavant. Il est fréquent de retrouver, tout au fond, des objets soit tombés soit intentionnellement jetés lorsque le puits était utilisé ; ces éléments livrent alors des témoignages permettant de mieux comprendre l’environnement de la structure. Les couches successives de comblement sont elles aussi très instructives : elles fournissent des informations rarement présentes ailleurs, surtout lorsque l’humidité ambiante a préservé des matières organiques. Les puits du Campus Hoche et de l’allée Coysevox en sont un bon exemple. Ces creusements profonds abandonnés ont enfin aussi parfois servi de sépulture de fortune, comme cela a pu être constaté sur le Campus Hoche ainsi que sur la Zac Saint-Malo-Ille .