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Des militaires à l’origine de Condate ?

Les archéologues et les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que Condate est une ville créée de toutes pièces (ex nihilo). Sa fondation, comme celle de bon nombre d’autres chefs-lieux de cités de Gaule romaine, est sans doute liée à l’organisation administrative des territoires conquis, menée par le futur empereur Auguste, vers 15-10 avant notre ère. Mais un certain nombre d’indices permettent de se demander s’il n’existerait pas également un lien avec la présence de militaires dans ce secteur de l’Armorique.
La découverte la plus remarquable en ce sens est celle d’un bâtiment monumental, au sol de graviers soigneusement compacté et aux parois à ossature de bois, qui a précédé la mise en place d’un quartier urbain dans le secteur de la place Sainte-Anne. Le soin apporté à la réalisation du sol ainsi que la taille des poteaux révèlent le caractère monumental de cet ouvrage, dont on peut penser qu’il occupait une place prépondérante dans la ville naissante. Deux hypothèses d’interprétation sont aujourd’hui retenues. Sa position au centre géographique de la ville du Haut-Empire, à proximité d’un temple découvert au couvent des Jacobins et d’une probable porte élevée au IIIe siècle non loin de la rue de Saint-Malo, suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une partie du forum primitif des Riédons, siège de la vie politique, administrative, économique et religieuse de la cité. Mais, comme le montrent la datation du bâtiment ainsi que des comparaisons de plans, il est aussi possible d’y voir les vestiges d’une partie du quartier général (principia) d’un camp militaire éphémère qui aurait joué un rôle important lors de la création de la ville. Sur le sol de ce bâtiment une monnaie augustéenne en argent (denier) d’un type que l’on rencontre fréquemment en contexte militaire renforce cette seconde hypothèse. Pour une raison inconnue, l’édifice a été démantelé au début du Ier siècle, et l’emprise ainsi libérée a ensuite été urbanisée.
Quelques autres monnaies et objets qui sont habituellement rencontrés en contexte militaire ont été découverts çà et là. Plusieurs objets remarquables et significatifs ont été exhumés rue de Saint-Malo au même emplacement. Les éléments retrouvés ont permis d’identifier les restes d’un casque en fer doublé d’une tôle d’alliage cuivreux richement décorée par estampage. Il est dit de type « Weiler », car on le rencontre essentiellement en Germanie inférieure au Ier siècle de notre ère. En Gaule, sa présence demeure pour l’instant exceptionnelle, puisque seuls deux exemplaires, dont celui de Rennes sont connus. Un poignard en fer dans son fourreau décoré et au moins trois fers de lances y étaient associés (site 42-48 rue de Saint-Malo). Deux lames d’épées découvertes jadis, mais aujourd’hui disparues, ainsi qu’un glaive provenant de la fouille du couvent des Jacobins viennent étoffer ce faisceau d’indices. Enfin parmi les monnaies constituant le Trésor de la Vilaine, un certain nombre sont typiquement des pièces utilisées par les militaires.