2 rue Godin / 3-5 rue Fernand-Pelloutier

Tapis de marbre ornant une salle de banquet  Rue Godin, 3-5 rue Fernand Pelloutier, Nîmes (Gard), 2021  © Charlotte Gleize, Inrap
Tapis de marbre ornant une salle de banquet
Rue Godin, 3-5 rue Fernand Pelloutier, Nîmes (Gard), 2021
© Charlotte Gleize, Inrap

Description


À Nîmes, la construction d'un immeuble entre les rues Godin et Pelloutier a donné lieu à un diagnostic en décembre 2019, suivi d'une fouille sur 634 m², de septembre 2020 à février 2021. Le site se situe d'abord à l'extérieur de l'agglomération du Ier siècle avant J.-C. puis à l'intérieur de la ville romaine, à 150 m de la Maison Carrée, temple du forum de Nemausus. Le quartier est alors urbanisé mais dès la fin de l'Antiquité, il se transforme, la ville connaissant alors une forte baisse démographique qui persiste au cours du Moyen Âge.

Résultats

Un paysage de campagne progressivement urbanisé dans la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C.

Les vestiges les plus anciens, datés des IIe et Ier siècles avant J.-C., illustrent un paysage de campagne. Dans la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C., un fossé étroit, couvert de dalles, y est creusé. Profond de 2,50 m et conservé sur plus de 18 m de long, il est perpendiculaire à la rue Porte-de-France, un axe de circulation très ancien. Ce dispositif de drainage semble lié à la transformation progressive du quartier, qui s'accélère dans les quinze dernières années du Iᵉʳ siècle avant J.-C., parallèlement à l'extension de la ville, alors dotée d'une nouvelle enceinte et d'un forum.

Sur la fouille, les vestiges découverts témoignent d'un habitat sommairement équipé de foyers et de canalisations destinées à l'évacuation des eaux usées. Son architecture, modeste, repose sur des solins de pierres et des poteaux, avec des sols et murs en terre, et une couverture de type toit-terrasse ou tuiles.

Densification du bâti entre la fin du Ier siècle avant J.-C. et le IIIe s.

Un nouvel édifice est construit à la fin du Ier siècle avant J.-C., mais il est très partiellement connu en raison des constructions plus récentes. L'une des pièces possédait un chauffage de type hypocauste, son sol étant fait d'une mosaïque polychrome trouvée brisée. Une importante rénovation a lieu dans la première moitié du Ier siècle après J.-C. S'étendant sur plus de 270 m², la maison comporte une cour agrémentée d'un bassin revêtu de marbre blanc et des pièces richement décorées. La plus importante est une salle de banquet de près de 60 m² dont le sol présente un remarquable tapis de marbre de plus de 5 m².

Près de l'entrée, une paroi peinte a servi de support à une petite série de graffitis en grec et en latin. L'un d'eux est une allusion comique au vin et à l'ivresse. À une époque où l'acte d'écrire était encore réservé à l'élite sociale, ces graffitis montrent que, dans cette maison, on maîtrisait ces deux langues. C'est d'ailleurs à ce jour le seul témoignage d'inscription grecque en contexte domestique connu à Nîmes, où les précédents exemples relèvent principalement du domaine public et sont gravés dans la pierre. L'édifice est restauré à plusieurs reprises jusque dans le courant du IIIe siècle.

Transformation du paysage à la fin de l'Antiquité.

À cette période, le quartier se dépeuple et les matériaux de construction sont systématiquement récupérés. Une sépulture apparaît isolée, dans l'emprise d'un ancien jardin. Le corps d'un adolescent a été déposé sur le dos, tête à l'est, au sein d'une fosse en pleine terre garnie d'un coffrage de pierre, assez sommaire et étroit. La datation du défunt au radiocarbone couvre les années 323-419 après J.-C., ce qui en fait l'une des plus anciennes inhumations connues à l'intérieur de l'enceinte antique, où les sépultures étaient en principe exclues. Enfin, au Moyen Âge, tandis que la ville se rétracte autour de sa cathédrale, des Arènes et de la Maison Carrée, la fouille révèle que le secteur était occupé très diversement et sans continuité : récupération de matériaux de construction dans le bâti antique, jardin vivrier et zone d'ensilage, activités artisanales de faible ampleur, etc.