
Le four quadrangulaire FR8012 vu du sud.
Ilot Thérond, Nîmes (Gard), 1996
© Laurent Sauvage, Inrap
Ilot Thérond, Nîmes (Gard), 1996
© Laurent Sauvage, Inrap
Description
La fouille préventive, réalisée en janvier et février 1996 sous la responsabilité de Laurent Sauvage, a précédé la construction d'un immeuble à l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et des rues de la Bienfaisance et Ernest-Renan (parcelle EX 1423, nos 39-43 avenue Jean-Jaurès), sur une surface de 720 m².Résultats
Un secteur urbanisé dans les années 10 avant/20 après J.-C.La fouille est d'un grand intérêt puisqu'elle a permis d'étudier en détail un atelier de potier situé intra muros. Il a été installé à l'angle d'un îlot urbain dégagé sur 38 x 41,50 m et défini par deux rues perpendiculaires aménagées dans un secteur jusqu'alors planté de vigne comme l'indiquent les traces de plantation mises au jour. La rue nord-sud, observée sur 35 m de long à proximité de l'actuelle rue Ernest-Renan a une largeur de 5,60/5,80 m, ce qui représente environ 20 pieds romains. Sa chaussée, faite de couches de cailloux compactés, a été refaite à deux reprises avant que soit mise en place, dans les années 25/50 après J.-C. un égout collecteur occupant l'axe central de la rue. Ses parois, construites en moellons liés au mortier de chaux, supportent une couverture faite de dalles monolithes en calcaire local, juxtaposées, larges d'environ 2,20 m et sur lesquelles on pouvait circuler. À la suite de l'installation de cet égout, la bande de roulement est rehaussée de 30 cm. Dans les recharges, des fragments d'amphores surcuits sont de même type que ceux provenant des fours de l'atelier de potiers riverain. Dans la rue perpendiculaire, dont la largeur est estimée à 5 m (près de 17 pieds), aucun égout n'est apparu et les surfaces de roulement empierrées sont là aussi marquées d'ornières indiquant le passage de charrois.
Un atelier de potier intra muros
La présence des métiers du feu (potiers, métallurgie, etc.) à l'intérieur des villes antiques a souvent été considérée à juste titre comme un risque potentiel d'incendie, mais l'archéologie montre qu'elle était plus ou moins tolérée. Ici, l'atelier n'était pas isolé puisque des maisons, mais aussi d'autres ateliers de potiers ont été mis au jour à proximité(Parking Jean-Jaurès).
Ce quartier, aisément accessible par la porte d'Espagne pour les charrois apportant la matière première et le bois, a pu favoriser un regroupement plus ou moins volontaire de fabriques répondant à la demande locale, les poteries qu'on y produisait n'étant pas destinées à alimenter un commerce à grande échelle.
Édifié au début du Ier siècle après J.-C., l'atelier de potiers de l'Ilot Thérond sera rénové à la génération suivante (25/50 après J.-C.). Il couvre alors plus de 1500 m² de surface et comprend deux cours contiguës. La plus à l'est communique avec la rue voisine par un accès charretier encadré par des pièces aux sols construits et dont les murs étaient couverts d'enduits peints. Elles ont pu servir de boutiques. L'aile sud est occupée par des espaces à usage technique.
La plus grande cour (400 m² min.), qui a reçu un sol d'argile jaune, abritait dans un angle un four, semi-enterré et de plan circulaire (2,20 m de diamètre intérieur), a pu exister dès la phase initiale. Sa chambre d'accès est bâtie en moellons liés au mortier de chaux. L'alandier (foyer à la base du four) est construit en adobes, ainsi que le laboratoire (où étaient placées les poteries prêtes pour la cuisson), qui était probablement voûté.
Quatre petits égouts paraissent converger vers une cuve enterrée, permettant à la fois d'évacuer et de stocker les eaux de ruissellement, l'accès à l'eau étant indispensable au travail des potiers. Une grande fosse mesurant plus de 7,50 m par 4 m était peut-être destinée à entreposer l'argile avant qu'elle soit préparée. De petits dispositifs (dolium, fonds d'amphores fichées en terre et trous de poteaux) sont également rattachés à la chaîne opératoire de l'atelier, servant de réserves d'eau ou de sable pour dégraisser l'argile, d'ancrage de l'axe fixe du tour au sommet duquel le potier installait sa roue, appelée « girelle », etc.
La cour voisine (195 m²), à l'est, abrite un second four, plus récent. Il est lui-aussi placé dans un angle et semi-enterré. Il recoupe un « bassin d'argile », cuve en terre crue qui servait sans doute à la décantation d'argile. Accessible par un alandier placé au nord, le laboratoire, de plan quadrangulaire, a une longueur intérieure de 1,80/1,90 m et une surface de 3,42 m².
Ainsi, l'activité de l'atelier, qui a débuté au sein d'un quartier nouvellement inclus dans le périmètre urbain, à l'époque augustéenne, était de taille modeste, même si d'autres fours ont pu exister au-delà des limites de fouille. Les nombreux « surcuits » ou restes de poteries ratées à la cuisson, recueillis dans et aux abords de ces fours, ont permis d'identifier les productions de cette officine : tuiles, mais aussi amphores Gauloises destinées au commerce du vin nîmois, les unes à panse fuselée imitant un modèle venu d'Italie (type Dressel 2/4) et les autres à fond plat (type G2), inspirées des amphores de Marseille. La surface des fours permet d'estimer qu'une fournée livrait entre 130 et 240 amphores. Ils cessent de fonctionner dans le troisième quart du Ier siècle et l'atelier est définitivement abandonné dans le deuxième quart du IIe siècle après J.-C.
Au-delà du IIe siècle après J.-C.
Les deux rues encadrant l'îlot ne sont plus entretenues et le secteur sera à nouveau dévolu aux cultures jusqu'au XIXe siècle. À l'époque moderne se rattache un groupe de sépultures isolées, ce qui suggère que les défunts étaient de confession protestante. En effet, la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, avait privé les Protestants du droit d'avoir des cimetières et d'y enterrer leurs morts.
La cour voisine (195 m²), à l'est, abrite un second four, plus récent. Il est lui-aussi placé dans un angle et semi-enterré. Il recoupe un « bassin d'argile », cuve en terre crue qui servait sans doute à la décantation d'argile. Accessible par un alandier placé au nord, le laboratoire, de plan quadrangulaire, a une longueur intérieure de 1,80/1,90 m et une surface de 3,42 m².
Ainsi, l'activité de l'atelier, qui a débuté au sein d'un quartier nouvellement inclus dans le périmètre urbain, à l'époque augustéenne, était de taille modeste, même si d'autres fours ont pu exister au-delà des limites de fouille. Les nombreux « surcuits » ou restes de poteries ratées à la cuisson, recueillis dans et aux abords de ces fours, ont permis d'identifier les productions de cette officine : tuiles, mais aussi amphores Gauloises destinées au commerce du vin nîmois, les unes à panse fuselée imitant un modèle venu d'Italie (type Dressel 2/4) et les autres à fond plat (type G2), inspirées des amphores de Marseille. La surface des fours permet d'estimer qu'une fournée livrait entre 130 et 240 amphores. Ils cessent de fonctionner dans le troisième quart du Ier siècle et l'atelier est définitivement abandonné dans le deuxième quart du IIe siècle après J.-C.
Au-delà du IIe siècle après J.-C.
Les deux rues encadrant l'îlot ne sont plus entretenues et le secteur sera à nouveau dévolu aux cultures jusqu'au XIXe siècle. À l'époque moderne se rattache un groupe de sépultures isolées, ce qui suggère que les défunts étaient de confession protestante. En effet, la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, avait privé les Protestants du droit d'avoir des cimetières et d'y enterrer leurs morts.


