Hôtel de ville

Carte postale représentant l'hôtel de ville de Marseille au début du XXe siècle. © DR
Carte postale représentant l'hôtel de ville de Marseille au début du XXe siècle. © DR

Description


Le palais communal
On ne sait rien du premier hôtel de ville, édifié par les recteurs (conseillers municipaux) après la constitution de la commune de Marseille au XIIIe siècle.

De nombreux textes mentionnent la « maison de ville » et tout porte à croire qu’elle se trouvait à peu près à l’emplacement d’aujourd’hui. Elle a été maintes fois remaniée, agrandie, consolidée. En 1648, elle se trouvait dans un état de vétusté tel qu’il fut jugé impossible de l’habiter sans danger. L’édifice, situé entre le quai et la rue de la Loge, mesurait alors 28 m de large pour 14 m de profondeur. Le rez-de-chaussée, voûté, servait à entreposer le blé que la Ville achetait pour l’approvisionnement de la population ; il abritait également un four et deux boutiques. Au premier étage se trouvaient la salle du Conseil et les archives.

La démolition de ce premier bâtiment est ordonnée en 1653. Les fondations et la base d’un nouveau bâtiment sont réalisées. Les travaux utilisent la technique du pilotis pour asseoir la construction dans les anciennes vases marines du Lacydon (nom originel de la crique du Vieux-Port). Leur coût exorbitant et les troubles politiques interrompent la construction en 1656.

Au siècle de Louis XIV
Le chantier reprend dix ans plus tard pour se terminer en 1673. Il est alors placé sous la direction de Gaspard Puget, frère du très fameux sculpteur et architecte marseillais Pierre Puget.

De nombreux artistes sont appelés à collaborer à l’ornementation de la façade. Le sculpteur liégeois Martin Grosfils en réalise le motif principal : le buste (détruit à la Révolution et reproduit en 1823) de Louis XIV entouré d’attributs. Les frères Portal exécutent les tympans des portes et fenêtres. Pierre Puget signe le médaillon, décoré aux armes de France, placé sous le balcon (modifié à la Révolution, tombé en 1882, ce médaillon est remplacé par un fac-similé en ciment en 1913). C’est là la seule contribution à l’édifice du sculpteur et architecte. Contrairement à ce que prétend la légende, il ne participa pas au plan ou à la surveillance des travaux.

À peine achevé, le bâtiment dût être consolidé par des traverses en fer. L’aile ouest fut refaite en 1842, la façade en 1913.

Particularité du nouvel hôtel de ville : le rez-de-chaussée et l’étage n’étaient pas reliés entre eux. En effet, la maison de ville était conçue pour accueillir au rez-de-chaussée la Loge des marchands, alors que le premier étage abritait l’administration municipale. On y accédait par une passerelle depuis l’actuel pavillon Bargemon. Cette passerelle, à l’origine en bois, fut remplacée en 1786 par celle qui subsiste encore de nos jours, lors de la construction du pavillon par l’architecte avignonnais Esprit Brun.

Une architecture baroque d’inspiration génoise
Spécialiste de la Renaissance et de l’architecture baroque, l’universitaire Jean-Jacques Gloton voit dans cet hôtel de ville l’édifice le plus typiquement génois jamais construit dans le midi de la France : « Même répartition des masses, avec arcades centrales et avant-corps latéraux, même élévation binaire redoublant le groupement des grandes fenêtres et des mezzanines. Le baroque ici est dans l’articulation forte des masses dans l’avant-corps central, très saillant au premier niveau, dans le balcon […], dans la complexité des volutes, des guirlandes et des mascarons. »