Sainte-Barbe, îlot Puget III

Sépulture d'enfant (époque romaine) avec collier de breloques.  © F. Cognard, Inrap
Sépulture d'enfant (époque romaine) avec collier de breloques.
© F. Cognard, Inrap

Description

La zone de l’intervention archéologique est située dans le quartier Sainte-Barbe, sur le versant occidental d’un vallon. Elle a été partiellement fouillée sur 800 m2 au cours de deux opérations de sauvetage (interventions d’urgence), en 1989 et 1990. Le travail des archéologues a été limité en profondeur du fait de l’installation de micro-pieux destinés à stabiliser des constructions modernes et contemporaines. La fouille a notamment révélé l’existence d’une nécropole antique et d’un tronçon du rempart médiéval.

Résultats


L’Antiquité grecque et romaine
Le vestige le plus ancien est un mur nord-sud de belle facture, long au minimum de 10,4 m et d’une largeur variant de 1,50 m à 2,40 m. Il a été construit au IIe siècle avant notre ère, au cours de la période hellénistique. Il pourrait s’agir d’un mur de soutènement destiné à aménager le versant.

Pendant le Haut-Empire romain, une nécropole est installée sur l’une des pentes du vallon, sans doute dans le prolongement de la nécropole Sainte-Barbe (utilisée entre le IVe siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère). Une dizaine de sépultures ont été fouillées ; plus de la moitié d’entre elles étaient aménagées (coffres et couvertures) en tuiles.

Malgré le nombre réduit de tombes, la présence de nombreux enfants, dont un portant un collier de breloques, a été constatée et confirme l’hypothèse d’une zone réservée aux jeunes générations dans l’extension méridionale de la nécropole. Il semble probable que le site contenait de nombreuses sépultures, mais celles-ci devaient se trouver sous le niveau le plus bas du chantier.

Au VIe siècle, la nécropole est abandonnée au profit d’habitations : on a pu repérer plusieurs murs délimitant des pièces, ainsi que deux fossés. Les murs, d’une largeur moyenne de 50 cm, se caractérisaient par deux parements de pierre avec bourrage interne de terre, d’éclats de tuiles et de cailloux.

Les habitations se maintiennent jusqu’au VIIe siècle, comme l’indique la datation de la céramique et du verre recueillis. On peut remarquer que cet habitat de l’Antiquité tardive est installé bien plus au nord que les éléments connus pour la même époque dans le secteur de la Bourse.

Le rempart médiéval
Le Moyen Âge est marqué par une succession d’occupations de natures différentes. Une zone artisanale, tournée vers le travail du cuir, est implantée dans le vallon. Il est possible que cette installation se soit faite plus haut : les ruissellements ont en effet pu entraîner les fragments de cuir, lambeaux de tissus et d’autres matières organiques (végétaux, animaux…) découverts vers le bas du vallon. La céramique, encore mal connue pour ces périodes, semble pouvoir être datée entre le Xe et le XIIIe siècle.

Un rempart, large et puissant, dégagé sur près de 40 m de long, a été édifié au XIIIe siècle. Il est construit en blocs de moellons rectangulaires de taille moyenne, liés par un mortier maigre et sableux, à joints débordants. Le matériau privilégié est le poudingue, une roche composée de débris d’autres roches liés entre eux par un ciment naturel. L’ouvrage présente, par endroits, un fruit (diminution d’épaisseur qu’on donne à un mur au fur et à mesure qu’on l’élève) destiné à asseoir sa base sur les terrains alluvionnaires. Les sondages archéologiques entrepris par la suite ont permis d’observer que la base de cette construction a été installée sur des couches d’époque romaine.

À noter une caractéristique remarquable : un angle très marqué dans la muraille, que l’on retrouve sur les gravures anciennes de Marseille. Ces dernières permettent de localiser la muraille un peu à l’est de la porte de la Frache, c’est-à-dire sans doute à l’emplacement actuel de la rue Sainte-Barbe.

À partir du XIIIe siècle, un nouvel espace funéraire prend place au pied du rempart. Ce cimetière, situé à l’extérieur des murs de la ville, va être utilisé jusqu’à la fin du XIVe siècle. La différenciation de trois couches de remblais dans lesquelles les tombes ont été creusées a permis de distinguer trois phases d’utilisation.

Dans leur quasi-totalité, les sépultures à inhumation sont de simples fosses en pleine terre, un seul cercueil semblant avoir été utilisé. Le mobilier funéraire est rare : à peine quelques anneaux en métal et une coquille de pecten (coquille Saint-Jacques) ; aucun pot n’a été trouvé. Les corps sont allongés sur le dos, mais la position des mains et des avant-bras est variée.

Au nord du rempart, et parallèlement à lui, court un avant-mur (fortification avancée) en blocs de calcaire blanc d’une largeur moyenne de 0,75 m. Cet avant-mur, construit après la muraille principale et après l’installation de la zone funéraire, servait à renforcer la fonction défensive du rempart. À hauteur de l’inflexion du rempart, il cesse de suivre sa trajectoire et se poursuit seul vers la halle Puget.

À l’époque moderne, le rempart était bordé par un chemin, large de 6,50 m à 7,50 m, d’abord en terre vaseuse, puis empierré. Il permettait sans doute d’accéder à l’une des portes des fortifications, en l’occurrence celle de la Frache. Il a livré de nombreux fragments de céramique, utilisés comme matériaux de remblayage et datés de la fin du XIVe siècle. Nombre de ces tessons appartiennent aux productions vernissées de Valence, bleues et blanches ou lustrées. Le chemin a cessé d’être utilisé à la fin du XVe ou du début du XVIe siècle.

L’agrandissement de la ville sous Louis XIV
À partir de 1666, l’agrandissement de la ville entraîne la démolition du rempart médiéval et l’aménagement d’un nouveau quartier d’habitation. La zone concernée par la fouille a été profondément modifiée dans le dernier quart du XIXe siècle, lors de l’élargissement de la rue mitoyenne des Pénitents-Bleus. Cependant, la partie inférieure du rempart a été conservée, car elle a servi d’assise bien stable aux immeubles qui bordent la rue.