25, rue Thubaneau, Jeu de Paume

Au XXe siècle, l'établissement est transformé en hammam. Il est abandonné en 1970. © B. Sillano, Inrap
Au XXe siècle, l'établissement est transformé en hammam. Il est abandonné en 1970. © B. Sillano, Inrap

Description

C’est dans l’ancienne salle de jeu de paume de la rue Thubaneau à Marseille que les révolutionnaires auraient entendu pour la première fois, en 1792, un chant composé quelques semaines plus tôt par Rouget de Lisle… Plus de deux siècles plus tard, le même lieu accueille le Mémorial de la Marseillaise, un espace muséographique consacré à l’hymne national.

En préalable à sa construction, une fouille archéologique est réalisée en 2008. Le chantier rencontre de nombreux obstacles : risques d’effondrement, de chute de pierres, présence d’amiante et impossibilité d’avoir accès à toutes les parties de l’édifice, lui-même engoncé dans un habitat dense, ce qui limite considérablement le champ d’étude.

Résultats

Ancêtre du tennis et de la pelote basque, le jeu de paume était au XVIIe siècle un sport aussi populaire que le football l’est au XXIe siècle. Il consistait à renvoyer la balle, à l’origine avec la paume de la main, puis rapidement par la suite avec une raquette. Joué depuis des siècles, il suscitait alors un tel engouement que les villes et parfois même les villages s’étaient dotés d’une, voire de plusieurs salles pour sa pratique. Rares sont cependant celles qui sont parvenues jusqu’à nous.

Le jeu de paume de la rue Thubaneau, construit en 1680, s’est fondu progressivement dans un quartier qui s’est densifié dès la fin du XVIIIe siècle. Le plan de l’édifice et une partie de l’élévation ont été sauvegardés. L’étude du bâti a permis, après enlèvement des enduits et des structures ajoutées au fil du temps, d’en proposer une restitution.

Implanté dans un quartier de Marseille
Quelques sondages réalisés aux abords et à l’intérieur de la salle ont montré qu’au Moyen Âge, ce secteur de la ville relativement éloigné des remparts était déjà urbanisé. Au XVIe siècle y sont apparues les premières industries. La salle s’installe ainsi à l’emplacement d’une fabrique de cire.

L’étude des archives montre quant à elle l’évolution de ce quartier enserré dans des remparts en 1680, au cœur de ce qu’on appelait alors la « ville nouvelle », création de Louis XIV. La zone était alors peu lotie et le jeu de paume était en partie entouré de jardins.

Un modèle du genre
La salle mesure 11 m de large pour 31 m de long et s’élève à 10,50 m de hauteur. Ses murs extérieurs sont pourvus d’arcades décoratives surmontées de treize fenêtres de 2,25 m de large pour 3,75 m de haut. D'après les archives les fenêtres étaient autrefois grillagées. Une tribune étroite courait à leur niveau.

Les murs étaient construits en moellons bruts de taille. Seule exception, le mur du jeu, dit « de bricole », était soigneusement recouverts de belles pierres en calcaire rose du cap Couronne ; il avait la particularité de présenter un décrochement en biais appelé « tambour », permettant des effets sur le rebond de la balle. Rue Thubaneau, le « mur de bricole » était en tellement bon état que les aménageurs ont finalement modifié leur projet pour le conserver.

Le sol d’origine et son pavement ont disparu. Des galeries qui encadraient trois côtés de la salle, seules subsistent les fondations. Elles accueillaient des spectateurs et étaient recouvertes d’un petit toit, utilisé lui aussi pour le rebond de la balle.

La salle de jeu ayant subi un incendie, son toit d’origine a partiellement disparu. Seule a été préservée une ferme de la charpente (élément de forme triangulaire supportant la couverture), longue de 12 m.

D’un point de vue architectural, l’édifice de la rue Thubaneau anticipe ce que seront les règles officielles du jeu de paume, définies un siècle plus tard par François-Alexandre de Garsault dans son ouvrage « L’art du paumier-raquetier et de la paume », publié en 1767. La seule exception vient des matériaux des bâtiments, la pierre étant prédominante pour les établissements construits dans le Midi. Identique à ceux d’Aix-en-Provence et de Toulon, le 25 de la rue Thubaneau est le dernier exemplaire encore debout de la version provençale de ces salles.

La salle du jeu de paume… sans jeu de paume
À la fin du XVIIIe siècle, la pratique du jeu de paume tombe en désuétude. Face à la désaffection des spectateurs, les maîtres paumiers propriétaires de salle n’avaient pas attendu pour accueillir d’autres spectacles. Le jeu de paume de la rue Thubaneau va être ainsi définitivement reconverti en théâtre.

En 1834, un incendie ravage les trois quarts du bâtiment. Celui-ci est ensuite transformé en établissement de bains, avec des cabines disposées autour d’une cour intérieure ovale.

Entre-temps, la Révolution a fait entrer la salle dans l’Histoire. Elle accueille à cette époque le Club des Jacobins et, le 21 juin 1792, François Mireur, un fervent révolutionnaire, y entonne, pour la première fois à Marseille, le « Chant de guerre aux armées des frontières », écrit par Claude Joseph Rouget de l’Isle. En fait, l’événement se serait plus vraisemblablement produit dans un établissement de boissons juste à côté… Toujours est-il que le chant de Rouget de Lisle a plu aux volontaires locaux qui l’ont entendue. Ils l’entonneront à leur tour lors de leur marche vers la capitale. Repris dans toute la France, il deviendra l’hymne national français, la fameuse « Marseillaise ».
  • Le site du jeu de paume à Marseille

    La Ville de Marseille projette la création d'un mémorial de la Marseillaise à l'emplacement d'un ancien jeu de paume, rue Thubaneau, devenu temporairement le siège des Jacobins sous la Révolution. Écrit par Rouget de Lisle en avril 1792, ce qui allait devenir l'hymne national de la République française y aurait été entendu puis diffusé jusqu'à Paris par les fédérés de Marseille. Un diagnostic, suivi d'une étude du bâti, a montré l'exceptionnelle conservation de la salle de ce bâtiment, en dépit de sa transformation en théâtre puis en bains publics.