Hôtel-Dieu (place Daviel et rue des Belles-Écuelles)

Vue zénithale du chantier de fouilles en 2010. Les murs appartiennent à l'église du XVIIe siècle, dont on distingue le plan, tandis que les sols en mosaïques sont antiques. © Altivue, Inrap
Vue zénithale du chantier de fouilles en 2010. Les murs appartiennent à l'église du XVIIe siècle, dont on distingue le plan, tandis que les sols en mosaïques sont antiques. © Altivue, Inrap

Description

L’hôtel-Dieu est situé sur la rive nord du Vieux-Port, sur les pentes sud-est de la butte des Moulins. Il a remplacé, au XVIIIe siècle, l’hôpital du Saint-Esprit, lui-même fondé au XIIe siècle et reconstruit à plusieurs reprises. Les plus vieux bâtiments de l’hôpital du Saint-Esprit ont été définitivement démolis à la fin du XIXe siècle et remplacés par des jardins.

La perspective de transformation de cet ancien hôpital en hôtel de tourisme et en habitations a donné lieu, en 2008, à un diagnostic archéologique. Suite aux résultats de ce dernier, une fouille a été prescrite, portant sur la chapelle du Saint-Esprit et un atelier de travail du cuivre en activité à la période moderne. Cette fouille, menée entre novembre 2009 et février 2010, a mobilisé une dizaine d’archéologues sur une emprise d’environ 1000 m2.

Résultats


Le site de l’hôtel-Dieu
Les constructions modernes successives ont en grande partie fait disparaître les traces d’occupations antérieures. Seuls les jardins, situés en bas de la pente, ont conservé des vestiges archéologiques relativement denses. En deux endroits, à la base de la couche stratigraphique la plus profonde, sont apparus des sédiments alluviaux semblant correspondre à un climat antérieur à la dernière période de glaciation.

La période grecque
Les premiers signes de la présence de l’homme datent du milieu du Ve siècle avant notre ère. Ils ont été découverts sur une trop petite surface pour pouvoir être restitués dans leur environnement. La période hellénistique est marquée par le comblement d’une tranchée qui pourrait témoigner du démantèlement d’une importante canalisation.

L’Antiquité romaine
Un vaste bâtiment, partiellement dégagé sur une longueur de 25 m et une largeur de 15 m, a été édifié dans le dernier quart du Ier siècle avant notre ère. Les murs étaient formés de blocs de calcaire de la Couronne, un village de la région. Cinq espaces ont été identifiés dans l’édifice, dont quatre dotés d’un sol similaire en mosaïque, plus ou moins soigné selon les espaces, celui de la pièce « centrale » étant pourvu d’une bande périphérique blanche. Côté est, une pièce avait possédé un chauffage par le sol (hypocauste), ensuite remplacé par un simple conduit chauffé, qui semble n’avoir concerné que l’un des murs et non pas l’ensemble de la pièce.

Le plan incomplet de ce bâtiment et le peu d’éléments retrouvés sur place ne permettent pas de préciser sa fonction exacte. Cependant, sa position en surplomb du grand complexe thermal du port et de l’une des principales voies de la ville antique, ainsi que le luxe de sa décoration – inhabituel pour Marseille – incitent à le considérer comme un bâtiment public. Il pourrait s’agir d’un édifice de réunion d’associations professionnelles ou religieuses (collegium ou schola).

Le Moyen Âge et la période moderne
La période de l’Antiquité tardive n’a laissé que peu de traces sur le site, dont la réoccupation n’est attestée qu’au début du XIIe siècle. Un premier bâtiment, construit en pierre et en pisé, voit alors le jour et pourrait bien correspondre à une partie de l’hôpital du Saint-Esprit. Il est transformé dans le courant du siècle, puis abandonné.

La reconstruction des bâtiments de l’hôpital du Saint-Esprit au début du XVIIe siècle, et notamment celle de son église, est assez bien détaillée par les différentes archives disponibles. Selon ces sources, elle s’est étalée sur plusieurs décennies en raison de difficultés liées à son financement. Le chœur de la nouvelle église est achevé en 1602, permettant ainsi la démolition de l’ancienne, dont on ignore l’emplacement exact.

Le plan de la nouvelle église a pu être entièrement identifié lors de la fouille, les rajouts successifs étant clairement lisibles. L’édifice, long de 27 m et large de 11 m, est divisé en trois travées et comportait latéralement deux chapelles accolées au vaisseau. Sous le chœur et la première travée, une crypte permet de rattraper la topographie accidentée en réutilisant les sols antiques. Cette église sera détruite en 1864, lors des travaux de réaménagement de l’hôtel-Dieu.

Aux XVIe et XVIIe siècles, l’atelier d’un fondeur
La réhabilitation de l’ancien hôtel-Dieu de Marseille a aussi permis de découvrir les vestiges de l’atelier d’un fondeur d’alliages à base de cuivre sur la colline du Panier, en bordure d’une rue.

Les sources écrites confirment la présence dans cette rue, en 1561 et 1614, d’une fonderie dite « vieille ». Mais elles ne précisent pas son emplacement et ce que l’on y produisait. Seules quelques structures arasées découvertes en fouille témoignent de l’activité métallurgique. Il s’agit en l’occurrence de la partie la plus profonde d’un four de fusion et d’une grande fosse. On peut penser qu’il s’agissait de la fosse de coulée, c’est-à-dire d’un lieu où l’on enterrait les moules avant de couler le métal à l’intérieur.

Le four se présente comme une fosse rectangulaire, aux parois verticales, pourvue d’un escalier. L’étude des objets retrouvés permet d’interpréter cette structure comme étant le cendrier (où tombent les cendres) d’un four « à réverbère » (où la chaleur est réfléchie par la voûte de l’installation) nettement plus grand.

Le comblement de la fosse de coulée a livré de très nombreux morceaux de moules en terre, mais la dispersion de ces fragments rend difficile leur interprétation. On peut cependant entrevoir une production diversifiée : certains moules de forme cylindrique évoquent des pièces d’artillerie de différentes dimensions peut-être destinées à la marine, d’autres éléments semblant plutôt intervenir dans l’élaboration de laiton.

Le port et les besoins des marins en éléments d’accastillage, accessoires de pont sur un navire servant aux manœuvres des voiles, pouvaient constituer un débouché naturel pour cette fonderie. On devait y fabriquer de tels accessoires, notamment en laiton, alliage de cuivre et de zinc résistant bien à la corrosion en mer. L’archéologie aide ici à mieux comprendre la transformation rapide du savoir-faire médiéval dans le courant du XVIe siècle grâce à l’introduction d’innovations techniques.
  • Le site de l'Hôtel-Dieu à travers les siècles

    Une équipe d’archéologues de l’Inrap a fouillé à Marseille l’emprise de l’Hôtel-Dieu dans le cadre de la transformation des bâtiments en hôtel. Le site, sur la rive nord du Vieux-Port de Marseille, est au cœur de la ville antique et surplombait le port grec, auquel a succédé un grand complexe thermal romain. Outre son caractère spectaculaire, la mise en perspective de cette découverte avec les vestiges connus alentour, de préciser la topographie de Marseille antique et d’éclairer un secteur méconnu de la ville romaine.