La Capelette

Sépulture en cours de fouille. Marseille, La Capelette - 2023  © Nicolas Bourgarel, Inrap
Sépulture en cours de fouille.
Marseille, La Capelette - 2023
© Nicolas Bourgarel, Inrap

Description

Le chantier de fouilles préventive de la Capelette a permis la découverte d'occupations remontant à l'Âge du bronze d'une part, et d'une nécropole datée de l'Antiquité au haut Moyen Âge d'autre part. Répartis sur une surface de 2 700 m2, les vestiges apportent un éclairage nouveau sur l'histoire de la ville, l'Âge du bronze et le haut Moyen Âge étant jusqu'à ce jour très peu documentées à Marseille.

Résultats

Âge du bronze

À l'Âge du bronze, la fréquentation du site est attestée par une vingtaine de fosses et de trous de poteau, situé dans la frange nord-est du terrain, et se répartissant en deux phases d'occupation.

La première est principalement représentée par une grande fosse polylobée mesurant 12 m de long, 6,50 m de large et atteignant une profondeur maximale de 1,30 m. Le comblement montre plusieurs phases d'utilisations, mises en évidence par de nombreux creusements de silos, ainsi que des phases d'abandons durant lesquelles la fosse est entièrement comblée, notamment par une grande quantité de rejets de foyers. Les identifications du mobilier céramique recueilli dans ces comblements sont concordantes avec les datations 14C et permettent ainsi de proposer une première occupation du site entre la fin du Bronze moyen et le début du Bronze final.

La seconde est représentée par d'autres structures en creux, dont trois ont pu être datées par 14C. Elles sont représentatives du Bronze final IIb. Deux fosses arborent un profil particulier assimilable à des trous de poteaux. Une troisième fosse a servi de sépulture à un enfant.

Ces occupations s'inscrivent dans une série de sites très restreinte qui témoignent moins de la fréquentation du bassin de Marseille que de biais liés à l'archéologie préventive. Si le nombre de structures est très modeste, celles-ci témoignent d'une longue fréquentation, d'abord pour une probable extraction d'argile, puis orientée vers du stockage. La proximité d'un habitat n'est pas avérée, mais rien n'exclue qu'il se situait en dehors de l'emprise fouillée.

La nécropole

Situées dans la partie méridionale du site bordant le boulevard Lazer, 90 structures funéraires (89 sépultures primaires et une fosse ossuaire) toutes liées à la pratique de l'inhumation, ont été découvertes. Les limites de l'emprise de la nécropole ont pu être identifiées à l'est et au nord par une interruption assez nette des ensevelissements. En revanche, au sud et à l'ouest, la nécropole se développe jusqu'aux limites de l'emprise de la fouille, présageant une continuité des sépultures dans ces directions. Au sein de cette nécropole, la typologie des structures funéraires s'avère hétérogène avec la coexistence de simples fosses couvertes, de coffrages en pierres ou en tuiles, de coffrages mixtes, d'amphores ou encore d'inhumations en pleine terre. Les datations 14C et la présence dans quelques sépultures de mobilier datant ont permis de proposer un cadre chronologique allant du IIe au Xe siècle après J.-C.

Les 89 sépultures primaires ont livré les restes de 85 sujets (60 individus adultes et 25 individus immatures). Toutes les classes d'âge sont présentes exceptée celle des sujets dont l'âge au décès est inférieur à un an. Aucun regroupement particulier en fonction de l'âge ou du sexe des individus n'a été observé.

On note de fréquentes réouvertures des tombes, avec réduction des os du sujet originel sur le nouvel occupant, voire des superpositions d'individus, ce qui suppose que les tombes étaient visibles en surface. Trois tombes doubles ont été mises au jour, associant une femme adulte et un jeune enfant, morts et inhumés en même temps. Le soin porté à ces sépultures, où l'on peut voir de véritables gestes de tendresse, laisse entrevoir qu'il s'agit sans doute d'une mère et de son enfant. Les rares objets découverts sont des bijoux en cuivre, argent ou fer, évoquant entre autres la culture mérovingienne ou carolingienne, dont un ensemble particulièrement riche issu d'une des tombes doubles, mettant en lumière la condition sociale sans doute élevée de la défunte.

La nécropole montre une trame assez lâche avec des orientations bien marquées qui ont permis d'établir quatre phases d'inhumation. L'implantation de cet ensemble funéraire dans le paysage, probablement à proximité d'un axe de circulation, d'un habitat ou encore associé à un lieu de culte, suscite un certain questionnement, notamment sur la question du caractère attractif de cet emplacement expliquant sa perduration pendant neuf siècles, jusqu'à ce que la tradition des nécropoles de plein champ soit abolie par les réformes carolingiennes.

Entre la fin de la nécropole au Xe siècle et la construction d'une usine au XIXe siècle, le site de la Capelette a manifestement une vocation agricole. Parmi les traces ayant résisté au dérasement général préparatoire à la construction de l'usine, on note deux fosses de plantation quadrangulaires et une plutôt oblongue, le chablis d'un arbre et un petit ensemble de tranchées de défonçage au sud de l'emprise.