Tunnel de la Joliette

Sur ce plan publié en 1824, donc antérieur au comblement des deux anses de l'Ourse et de la Joliette, l'emplacement de la fouille du tunnel de la Joliette en 1993 est indiqué en bistre. © B. Sillano, Inrap, d'après le plan Desmaret
Sur ce plan publié en 1824, donc antérieur au comblement des deux anses de l'Ourse et de la Joliette, l'emplacement de la fouille du tunnel de la Joliette en 1993 est indiqué en bistre. © B. Sillano, Inrap, d'après le plan Desmaret

Description

Les archéologues ont été chargés de surveiller les travaux de détournement de réseaux préalables au creusement du tunnel de la Joliette, puis ceux du creusement proprement dit. Leurs observations ont permis de préciser de quelle manière furent comblées, vers le milieu du XIXe siècle, les deux anciennes calanques qu’étaient l’anse de l’Ourse et l’anse de la Joliette. Ils ont également recueilli des informations inédites sur une tuerie (abattoir) et un lazaret (établissement sanitaire de mise en quarantaine) construits sur le cap Titol, promontoire également recoupé par le tunnel.

Résultats


Le comblement des deux anses
La fouille a dans un premier temps concerné l’étude des remblais utilisés au XIXe siècle pour combler les deux anses. Dans ces derniers se distinguent deux niveaux, séparés par une couche noire de mâchefer qui correspond à une interruption des travaux de comblement entre 1853 et 1860. Les remblais inférieurs proviennent de l’arasement des collines environnantes, et les remblais supérieurs du percement de la rue de la République. Les deux couches ont livré un abondant mobilier archéologique : tessons de céramique, pipes en terre, chaussures, bouteilles en verre et en grès, restes alimentaires.

Sous ces remblais, des sédiments marins accumulés sur près de 2 m d’épaisseur au cours du début du XIXe siècle succèdent à un ensemble de couches sableuses. Celles-ci contenaient des vestiges dont la datation s’échelonne entre l’époque grecque et la seconde moitié du XVIIe siècle. Le fond, enfin, est constitué de vase. Une barque d’époque moderne a également été mise au jour lors de l’opération.

Les vestiges du cap Titol
Sur le cap Titol, situé entre l’anse de l’Ourse et celle de la Joliette, se trouvait l’ancienne « tuerie » (abattoir) qui, profitant de la proximité de la mer pour rejeter ses déchets, a occupé le site dès 1544. Elle a repris l’emplacement, et peut-être aussi les installations, du premier lazaret de Marseille. Probablement édifié en 1526, celui-ci servait à entreposer en quarantaine la marchandise venue d’Orient pour éviter les contagions. Il a tout d’abord été déplacé vers l’anse des Catalans, au sud de la ville, puis, à l’époque de Colbert, à Arenc, juste au nord de l’anse de la Joliette. Entouré d’une, puis de deux et enfin de trois lignes de remparts, cet ancien lazaret, où demeuraient les marins, était devenu une véritable ville.

Tuerie et lazaret ont disparu avec les travaux de nivellement du XIXe siècle. Le seul vestige conservé sur le cap Titol est un puits de 80 cm de diamètre interne, dont le cuvelage, épais de 40 cm, est fait de moellons « assisés à joints vifs » (c’est-à-dire soigneusement taillés pour que le joint soit le plus fin possible). Profond de près de 7 m et contemporain de la première cathédrale de la Major, située en vis-à-vis de l’autre côté de l’anse, il a livré une importante collection de mobilier daté de la fin du Ve siècle.