Parc des Phocéens

Tannerie moderne et fabrique de savon contemporaine. © Ville de Marseille, SAM
Tannerie moderne et fabrique de savon contemporaine. © Ville de Marseille, SAM

Description

Le site se trouve en périphérie du quartier du Panier, à proximité immédiate de la Vieille Charité, à l’emplacement d’un îlot délimité par les rues Malaucène, Sainte-Elisabeth, des Phocéens et Trigance. C’est un terrain en pente sur le versant nord-est de la butte des Moulins. La partie basse du terrain est entaillée par un vallon qui séparait la butte des Moulins de la butte des Carmes, avant les grands travaux de percement de la rue de la République au XIXe siècle. Dans ce fond de vallon (nord-est/sud-ouest), coulait dès l’époque hellénistique (IIe siècle avant notre ère) un ruisseau, qui a servi de canal durant le Haut Empire (Ier- IIIe siècle de notre ère).

La fouille n’a concerné qu’une surface de 250 m2, occupée au XVIIe siècle par l’ancien couvent de Sainte-Élisabeth, puis détériorée aux XIXe et XXe siècles par les installations d’une savonnerie et d’un garage.

Résultats


Une vocation cultuelle pendant l’Antiquité grecque
Au sud-ouest du chantier, sous les caves creusées à l’époque moderne, la fouille a révélé les restes peu importants d’un bâtiment rectangulaire de 11 m x 5 m d’axe nord-est/sud-ouest. Celui-ci suggère une fréquentation du site à des fins cultuelles dès la première moitié du Ve siècle avant notre ère. Dans la première moitié du siècle suivant, dix fosses de forme ovoïde sont creusées le long du mur sud de ce bâtiment ; trois d’entre elles contenaient des offrandes (objets métalliques, tessons de céramique attique à figures rouges, coquillage marin et tête de figurine casquée en céramique à vernis noir). Six fosses ont été dénombrées pour la fin du IVe siècle et cinq pour la seconde moitié du IIIe siècle avant notre ère. Certaines d’entre elles ont livré des offrandes plus modestes (jeton en pâte de verre, petite coupelle en pâte claire massaliète, monnaie et ossements d’animaux).

L’utilisation de l’espace semble ensuite se modifier à la toute fin du IIIe siècle avant notre ère, avec la construction d’un édifice rectangulaire isolé (9 m x 5,50 m), composé de deux pièces, pour lesquelles aucune trace de culte n’a été observée. Installé à l’emplacement du premier bâtiment et orienté selon le même axe, ce second édifice était agrémenté d’un revêtement au sol en opus signignum (mortier à base de poudre de tuile). Il comportait par ailleurs l’inscription grecque XAIPE (« bienvenue »), qui pourrait évoquer une salle d’accueil ou pronaos. L’utilisation de ce bâtiment va perdurer jusqu'à son abandon vers 175 avant notre ère.

Des traces d’occupation sont de nouveau visibles pour le début du Ier siècle avant notre ère (vers -75), dans un secteur très localisé de la partie basse du site, sous la forme d’un dépotoir domestique.

Vestiges romains des Ier et IIe siècles de notre ère
Divers aménagements d’époque romaine étaient répartis sur la totalité du chantier.

Dans la partie basse du site, sur le versant oriental du fond de vallon (thalweg), un mur est construit dans le courant du Ier siècle avec des blocs de petite taille, posés régulièrement. Élevé 1 m à l’est du mur de terrasse hellénistique, il semble destiné à canaliser les eaux de ruissellement. Les vestiges de la rue qui lui sont associés indiquent une intense fréquentation des lieux jusque durant la seconde moitié du IIe siècle, tout comme l’égout collecteur monumental d’axe est-ouest, qui est abandonné au cours de la même période.

Dans la partie supérieure du chantier, le monument hellénistique est modifié, agrandi vers le sud et réutilisé. L’ancien mur de façade devient une banquette bordée par un caniveau en tuiles rondes et un autel ( ?) est installé au centre de ce nouvel espace.

La partie médiane a, quant à elle, livré les traces d’un atelier de tabletterie (pour la fabrication d’épingles, d’aiguilles, de jetons, de dés, de charnières en os, et peut-être de coffrets, échiquiers, damiers…). Il s’agit essentiellement de rebuts provenant de la taille d’ossements bovins contenus dans une fosse datée de la première moitié du Ier siècle.

Quelques traces de l’Antiquité tardive
Après l’abandon apparent du site aux IIIe et IVe siècles, celui-ci est de nouveau occupé à la fin du IVe siècle. Des témoins correspondant à trois phases chronologiques y ont été observés pour cette période d’Antiquité tardive.

Dans la partie basse du site, le long de la rue des Phocéens, des murets et un chenal naturel perpétuent, vers la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle, l’aménagement hydraulique de l’époque romaine impériale.

Du verre fondu, découvert dans plusieurs fosses datées de la seconde moitié du Ve siècle, pourrait signaler la présence proche d’un atelier de verrier.

Enfin des chenaux de ravinements et des sols de passages, remontant au VIe siècle, suggèrent une fréquentation moindre du site.

Un puits médiéval épierré
Les vestiges relatifs à cette période ont été en quasi-totalité détruits lors de la construction d’une savonnerie au XVIe siècle. Les archives évoquent cependant la présence de maisons d’habitations, d’immeubles, de jardins et d’étables correspondant au « Cartier de Cavahion ». De cet ensemble, la fouille archéologique n’a retrouvé qu’un puits construit dans le courant du XIIIe siècle. Il avait été dépouillé de ses pierres, puis comblé pour permettre l’installation d’un mur d’habitation dans la première moitié du XIVe siècle.

Un couvent et une tannerie modernes, un garage contemporain
L’époque moderne est représentée par les ruines de l’ancien couvent de Sainte-Élisabeth et par deux bacs en pierre, enduits d’un revêtement hydraulique, qui pourraient avoir appartenu à la tannerie du XVIIIe siècle citée dans les archives.

Au XIXe siècle, la fabrique à savon devient une structure industrielle importante, qui transforme le bâti moderne. Les maisons d’habitation sont démolies et certaines parties du couvent sont alors réutilisées.

Un garage privé est construit sur le site dans la seconde moitié du XXe siècle, et de nouveaux équipements (réserve souterraine de carburant, fosse de vidange et pont élévateur) sont installés dans le sous-sol.