Consigne sanitaire

Vue des vestiges depuis le haut. Dans l'angle supérieur gauche, des rondins forment une cale de halage. © N. Weydert, Inrap
Vue des vestiges depuis le haut. Dans l'angle supérieur gauche, des rondins forment une cale de halage. © N. Weydert, Inrap

Description

Lors de la pose d’un collecteur pluvial dans le cadre du chantier Axe Nord-Sud, en 2010, les terrassiers ont mis au jour une amphore et des pièces de bois prises dans une couche de sable antique. Une fouille d’urgence absolue a été immédiatement décidée et entreprise. Elle s’est déroulée dans une tranchée protégée par des blindages, 4 m sous la surface du sol actuel. Elle a notamment permis de mettre au jour une portion de cale de halage, une sorte de port hors du port grec du Lacydon (actuel Vieux-Port), qui desservait les quartiers nord de la ville hellénistique.

Résultats

La fouille a révélé une épaisse couche de sable et de galets appartenant à une plage sous-marine située, durant l’Antiquité, à environ 1,70 m de fond, dans un environnement côtier battu par les vagues.

Des amphores et des tessons de céramique
Non seulement ces sables et ces galets étaient mêlés de fragments de coquillages marins et de copeaux de bois, mais ils renfermaient un matériel céramique abondant et spectaculaire : outre dix-huit amphores presque intactes, de très nombreux tessons de vaisselle domestique y ont été découverts, parmi lesquels de la « campanienne fine », originaire d’Italie, et de la céramique non tournée de la région de Marseille. Ce matériel, épars, provient pour partie de la ville hellénistique, qui s’élevait sur les collines du Panier, et pour une autre de rejets depuis les bateaux : en effet une fois arrivées à destination et vidées de leur contenu, les amphores étaient tout simplement jetées par-dessus bord. La céramique a permis de dater le site du IIe siècle avant notre ère.

Un possible lieu d’accostage
Un assemblage rudimentaire de rondins de bois de chêne était également présent sur les sables. Une longue pièce de bois soutenait trois traverses perpendiculaires, chacune venant s’y insérer dans une simple encoche, sans ligature ni chevillage. L’ensemble formait une portion de cale de halage perpendiculaire au rivage, qui permettait de tirer les bateaux au sec sur la grève. Sans doute appartenait-il à un petit aménagement portuaire destiné aux quartiers nord de la ville, accessibles depuis le rivage par le vallon de la Major, à peine 100 m plus haut. Ces vestiges éclairent la vocation commerciale de cette partie de la cité durant une période de stabilité : dans les dernières décennies du IIe siècle avant notre ère, la menace des pirates ligures avait en effet enfin été éloignée par Rome, à la demande des Massaliotes.

À Marseille, des structures similaires ont été retrouvées sur les sites de la place Jules-Verne et du quai de Rive-Neuve, de part et d’autre du Vieux-Port. Mais on peut aussi imaginer qu’il en existait plusieurs autres sur le littoral occidental : au nord, jusqu’au débouché du vallon de la Major, et au sud, vers l’actuel fort Saint-Jean.

… et des activités annexes
Il est également possible que la zone ait accueilli un atelier de réparation ou de construction navale, eu égard à l’abondance des copeaux de bois retrouvés dans les sédiments.