Place de la Providence

 Fig.1 Vue générale des vestiges,  © Nicolas Bourgarel, Inrap
Fig.1 Vue générale des vestiges,
© Nicolas Bourgarel, Inrap

Description

Cette fouille de 1000 m2 motivée par la réhabilitation de l'ancien parking en jardin public, fut principalement exécutée en périphérie de la place dans une tranchée continue de 5 m de large (fig. 1). Les contextes les plus anciens résident en un vignoble daté entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C. et deux sépultures à inhumation du IIIe siècle après J-C.
De rares portions de murs se rattachent au Moyen-âge.
Au XIVe siècle cette zone abrite des jardins et des vergers qui à partir de 1666, feront place à l'urbanisation.
En 1688, des Filles de la Providence fondent leur couvent. La chapelle abritait un caveau funéraire.
En 1854, le couvent et les immeubles adjacents seront dérasés pour construire un nouveau Mont-de Piété.
Il sera partiellement endommagé par les bombardements américains en mai 1944 et intégralement démoli en 1970. 

Résultats

Antiquité grecque

L'occupation la plus ancienne du site est connue à partir des fosses de plantation d'un vignoble daté entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C. (fig. 3).

Antiquité romaine

La période est illustrée par une fosse dépotoir et par deux tombes à inhumations du IIIe siècle liées à une vaste nécropole antique utilisée de la fin du Ve siècle avant J.-C au Ve-VIIe s. après J.-C. (fig. 4). L'Antiquité tardive est aussi matérialisée par un segment de mur.

Aux Moyens âges

Une fondation de mur et les niveaux successifs d'une cour ou d'une rue conservés sur moins de 2 m2 représenteraient les seuls vestiges reliés au Moyen-âge récent.

Epoque moderne

Au XIVe siècle cette zone située à l'extérieur de l'enceinte médiévale est dédiée à des jardins et des vergers attestés par une superposition d'apports des terres noires organiques (fig. 5).

A partir de 1666, sur ordonnance de Louis XIV, la ville va étendre son emprise. La création de rues sera suivie par la construction d'immeubles organisés en ilots dont celui correspondant à l'emprise de la place. Le bâti réservera des espaces aux anciens jardins (fig. 6).

En 1688, le couvent des Filles de la Providence est avéré le long de la rue éponyme. L'agrandissement du couvent se réalise par acquisition d'immeubles et de jardins contigus. La construction de son église est attestée par un acte notarial en date du 12 juillet 1688 (fig. 7).

Cette petite église abritait un caveau funéraire exclusivement dédié aux femmes et aux enfants. La fouille des quatorze inhumations a révélé des ossements disloqués et des squelettes pour la plupart incomplets (fig. 8). Cet état de conservation dévoile une intervention humaine, notamment lors de manipulations post-dépositionnelles au sein du caveau. Ces faits se sont répétés en perturbant la position des squelettes ou des personnes inhumés dans des cercueils en bois. Il est donc probable que des individus aient été extraits lors d'une vidange partielle du contenu du caveau.

Epoque contemporaine

Lors de la Révolution, les effets et ornements de la chapelle sont vendus, la gestion des bâtiments est transférée à l'administration des hospices.

Plus tard, en 1847, les locaux sont acquis par la ville qui, en 1854, les vend au Mont-de Piété, institution privée habilitée à délivrer des prêts sur gage. Ce dernier alors situé à proximité de l'église Saint-Martin, sera transféré en place de l'îlot de la Providence (fig. 9). La construction du nouveau Mont de Piété se déroulera de 1854 à 1855 et nécessitera l'acquisition de l'îlot urbain avant de déraser chaque immeuble.

Ainsi dans l'emprise de la fouille, ne subsistaient du bâti antérieur que deux anciens puits occlus (fig. 10) et six anciennes caves du XVIIe et XVIIIe siècles toutes remblayées. D'autres caves seront partiellement réutilisées ou reconstruites (fig. 11).

Ainsi le Mont de Piété occupait tout l'espace de l'ancien ilot et s'agençait suivant quatre ailes et un bâtiment central ouvert sur deux cours (fig. 12). L'immeuble comptait trois étages et au moins douze pièces en sous-sol.

Au XXe siècle

Devenu Crédit municipal en 1918, le Mont de Piété sera partiellement endommagé par les bombardements de l'aviation américaine en 1944 (fig. 13). Les 4/5ème de l'aile ouest ainsi que le bâtiment central encadré par les deux cours sont alors hors d'usage. En 1970 le Crédit municipal s'installe dans un nouvel immeuble. Le bâti de l'ancien Mont-de-Piété sera alors entièrement démoli, ses caves remblayées pour créer la place éponyme à usage de parc de stationnement à ciel ouvert jusqu'en 2024 (fig. 14).