La Bourse

Illustration de la continuité de l'utilisation d'un puits (sondage 6 de 2006) : la partie basse en blocs et moellons liés au mortier jaune et la rigole datent de la période médiévale, tandis que la reprise avec des blocs taillés dans du calcaire rose local correspond à la période moderne. © F. Cognard, Inrap.
Illustration de la continuité de l'utilisation d'un puits (sondage 6 de 2006) : la partie basse en blocs et moellons liés au mortier jaune et la rigole datent de la période médiévale, tandis que la reprise avec des blocs taillés dans du calcaire rose local correspond à la période moderne. © F. Cognard, Inrap.

Description

Les terrains « derrière la Bourse », à quelques dizaines de mètres du fond du port actuel, ont livré dès le début du XXe siècle de nombreux vestiges antiques, dont le « mur de Crinas ». Des travaux de construction réalisés à partir de 1967 ont révélé au public l’importance du site et occasionné une polémique sur leur destruction programmée. Première grande fouille d’archéologie urbaine française, cette opération aboutira à la préservation et à la présentation au public d’un certain nombre de vestiges antiques au sein de l’actuel « jardin du Port antique ».

Résultats


La période grecque

Fortifications
Le principal vestige de l’enceinte hellénistique, daté vers 140 avant notre ère, est ce qu’on appelle le « mur de Crinas », connu depuis les premiers dégagements, en 1913, des deux tours qui encadrent la « porte d’Italie » (tour Carrée et tour Penchée) et de la « tour Sud ». À l’arrière du mur de Crinas, les vestiges d’une fortification plus ancienne ont été observés dès 1967.

Les fouilles de 1978-1983 ont porté sur le rempart et sur des éléments d’aqueduc hellénistique. Les sondages de 1992-1994 ont permis de préciser la date du rempart hellénistique de la Bourse (vers 140 avant notre ère), d’étudier la phase plus ancienne en calcaire blanc, datée d’environ 300 avant notre ère, et enfin de mettre au jour un rempart archaïque de la fin du VIe siècle avant notre ère. Par ailleurs, un fossé du IVe siècle avant notre ère a été repéré à l’intérieur de la tour Carrée du IIe siècle. Entre les deux tours principales se trouve la voie d’Italie, axe principal de la ville antique, médiévale et moderne (de nos jours la Grand-Rue), dont le premier sol construit est daté de la seconde moitié du IVe siècle avant notre ère.

Dans les premières fouilles, la période grecque archaïque est peu représentée : une voie, des restes d’habitat et d’installations artisanales dans l’angle nord-ouest de l’actuel jardin, une fortification et un quai en bois dans l’angle sud-ouest. Sur le reste du site, de grandes fosses, creusées dans la couche de marnes jusqu’à 9 m sous le niveau actuel de la mer, sont interprétées aujourd’hui comme des carrières d’argile du VIe siècle.

Un sondage de 2006 (sondage 8), à l’ouest du jardin, a révélé la partie orientale d’un bâtiment daté du Ve siècle avant notre ère. Deux murs perpendiculaires délimitent trois espaces : à l’est, les niveaux contemporains des murs ont disparu mais il est vraisemblable qu’il s’agissait d’un espace de circulation ; au sud-ouest, la pièce comporte des niveaux de sol de terre ; au nord-ouest, les niveaux du Ve siècle avant notre ère ont disparu. Il s’agit ici sans doute d’un bâtiment à usage domestique situé le long d’une rue.

Terrasses funéraires
Deux terrasses funéraires (enclos ceints de murs de faible hauteur), contenant chacune quelques dizaines de tombes à incinération, remontent au IVe siècle avant notre ère. La terrasse nord, intégralement fouillée, est aujourd’hui détruite. La terrasse aux triglyphes (ornements gravés de rainures), conservée dans le « Jardin des Vestiges » (aujourd’hui, le « Port antique »), a été partiellement fouillée en 1968-1970. En 1985 d’autres tombes à incinération du IVe siècle avant notre ère ont été découvertes.

Ces enclos funéraires renferment des sépultures à crémation secondaire (incinération effectuée sur un bûcher distinct de la tombe), avec des urnes en terre cuite ou en métal, ainsi qu’une sépulture à inhumation de nouveau-né dans un vase céramique. Les différentes sépultures sont protégées par des amas de pierres ou de véritables caissons en pierre ou en dalles de terre cuite.

Les urnes cinéraires (contenant des cendres) sont de belle facture : situles (petits vases) en bronze, vases en plomb, hydrie (vase à deux petites anses horizontales et une grande anse verticale, destiné à puiser, transporter et verser l’eau) attique à figures rouges, hydries en pâte claire. La fouille de quelques dépôts a révélé la présence d’offrandes, matérialisées par une couronne funéraire en os et une pyxide (petite boîte) en bois contenant une plaque d’or décorée. Elle a également permis de mettre en évidence la présence de restes osseux individuels appartenant à des sujets adultes. Abandonnés à la fin du IIIe siècle avant notre ère, ces enclos témoignent de la présence d’une nécropole prestigieuse aux portes de la ville grecque, sans doute réservée aux plus riches.

La période romaine

Les fouilles de 1967 ont permis de montrer qu’un étang a été progressivement comblé à l’extérieur de la fortification dans le courant du IIe siècle.

À l’époque romaine, la fortification grecque est restée debout, même si sa valeur défensive était considérablement diminuée par de nombreuses constructions à l’extérieur des murailles. Le port grec, qui était pourvu de quelques appontements en bois, se voit doté d’un quai monumental en pierre de taille. De grands entrepôts à dolia (vases de grandes tailles) sont construits à l’est, un portique (galerie couverte) longe la route d’Italie au nord. Le portique est lui-même adossé à un long mur, sans doute la base d’un aqueduc qui conduisait l’eau aux thermes du port. Un réseau complexe de canalisations assurait à la fois le drainage de ces zones basses et l’approvisionnement en eau de la ville, mais aussi celui d’un grand bassin d’eau douce servant à l’avitaillement des navires.

Un sondage de 2006 (sondage 2) a permis d’observer un empierrement, posé sur les niveaux d’envasement de la calanque. Il est similaire à celui découvert sur le chantier du parking de la place Général-de-Gaulle. Il est possible qu’une grande esplanade, ouvrant sur le plan d’eau, ait été aménagée à proximité des docks pour faciliter le travail en lien avec le port.

Un autre sondage de la même année (sondage 5), situé à l’est du centre Bourse, a partiellement dégagé un sol en opus signinum (mortier composé d'un mélange de chaux et de briques broyées, avec des incrustations de tesselles), non daté et surmonté d’un sol de terre daté du IIe siècle de notre ère. L’ensemble a été recouvert par une couche de démolition du IIIe siècle. Les murs en lien avec ces sols ne se trouvaient pas dans l’emprise du sondage. Ce bâtiment, situé en dehors de la ville antique, est peut-être à mettre en relation avec l’occupation observée sur le chantier voisin de l’Alcazar.

Une zone funéraire ?
Des fouilles anciennes, sujettes à caution, mentionnent la découverte d’une douzaine de tombes du Haut-Empire, dont deux comportaient des dépôts de lampes à huile. Si de nombreuses épitaphes, provenant sans doute de mausolées romains, ont été trouvées en réemploi dans un mur tardif proche, leur localisation primitive reste inconnue. Il est donc difficile d’attester de façon certaine une occupation funéraire d’époque romaine sur le site de la Bourse.

L’Antiquité tardive

Les fouilles ont montré que, dès le IIIe siècle, la corne du port a commencé à s’envaser et que le bassin d’eau douce s’est comblé progressivement.

Une nécropole aux Ve et VIe siècles
De nombreuses sépultures sont présentes en différents endroits du site, laissant entrevoir une occupation dense entre le Ve et le VIe siècle, peut-être autour d’une basilique funéraire non retrouvée, sur le modèle de celle de la rue Malaval. Au total, une cinquantaine de tombes ont été mises au jour, avec une forte majorité de sarcophages en calcaire de facture simple, mais également des tombes sous tuiles et des amphores.

Au Ve siècle, un nouveau rempart (« avant-mur ») est construit en avant du rempart hellénistique, des tombes sont installées à proximité. Une grande fouille (de 1978-1983) en aire ouverte (se dit d’une fouille où l’on décape une surface relativement grande d’un sol d’occupation) a permis d’évaluer l’occupation progressive de la corne du port romain par un quai tardif, puis par des habitations.

Le sondage de 2006 situé à l’est du centre Bourse (sondage 5) a mis en évidence un espace de circulation séparant deux pièces. À l’ouest, un sol de terre était surmonté de sols de mortier ou de brasier (calcaire rose). À l’est, la pièce possédait un sol de béton de tuileau (mortier formé de tuiles ou de briques broyées sans incrustations de tesselles contrairement à l'opus signignum). La datation, obtenue grâce à la céramique, permet de faire remonter le bâtiment à la fin du Ve ou au début du VIe siècle.

Aux VIe et VIIe siècles, c’est un véritable quartier artisanal qui se développe dans ce secteur périurbain. Ces premières installations marquent les prémices de ce qui deviendra, au Moyen-Âge, le faubourg de la Blanquerie. Plusieurs sondages (sondages 3, 4 et 6) de 2006 ont livré des ensembles de fossés datés autour du VIIe siècle et se dirigeant vers le port, ce qui montre le souci de drainer le quartier. Dans le sondage 2, un mur nord-sud du VIe ou VIIe siècle a été observé, mais les reprises médiévales ont détruit les vestiges en lien avec ce mur.

La période médiévale

Dès la fin de l’Antiquité tardive, la zone située sur la corne du port antique est envasée et des habitations sont construites à l’extérieur de la ville, le long du rempart et de son avant-mur.

La fouille de la Bourse de 1983 avait livré les restes d’un bâtiment médiéval qui correspond certainement au Tholonée, lieu de péage à l’entrée de la ville, ainsi que quelques silos.

L’urbanisation s’étend au sud, sur le marécage que forme alors l’ancienne corne du port. Ainsi les sondages 1 et 2 de 2006 ont mis en évidence des murs médiévaux et une rue dans laquelle était aménagée une canalisation.

Les sondages situés à l’est (sondages 5 et 6) ont livré deux puits construits à l’époque médiévale, l’un utilisé jusqu’au XVIe siècle, le second jusqu’aux alentours des XVIIe-XVIIIe siècles.

La période moderne

Des murs modernes ont été retrouvés dans les sondages 1, 2, 4, 5, 6 et 7 de 2006. Les sondages 4 et 7 se situaient sur des caves profondes qui ont largement entamé les niveaux inférieurs, le sondage 5 a livré une sorte d’entresol carrelé. Les autres sondages ont livré des espaces sans caves. Ces vestiges n’ont pas pu être datés précisément.