
Fig 0. La fouille située en contrebas du boulevard des Dames
© C. Voyez, Inrap
© C. Voyez, Inrap
Description
Le site d'une emprise de 1000m2 est localisé en périphérie immédiate de la ville antique, médiévale et moderne, le long des remparts dont le tracé suivait le versant sud du vallon de la Joliette. Actuellement, le boulevard des Dames reprend l'emplacement de l'enceinte du Moyen Age qui était jalonnée d'une succession de tours entre le bord de la mer et la porte d'Aix. Lors du diagnostic, une partie du bastion des Dames édifié au XVIe s. a été retrouvée, tandis que dans la partie nord du site, se dessinait le versant du vallon de la Joliette comblé à l'époque moderne. Les contraintes techniques rencontrées lors du diagnostic ont eu pour conséquence de sous-estimer la puissance des niveaux archéologiques et surtout les moyens nécessaires à l'étude exhaustive de ces vestiges qui couvraient 25 siècles d'occupation.Résultats
Un site à vocation agricole durant la période grecqueL'occupation du site commence entre la fin du VIe s. et IVe s. av. notre ère, par l'édification de bâtiments en torchis et armature de bois dont le plan d'ensemble est incomplet. Ces constructions, dont d'autres exemples ont été retrouvées sur la rive sud du port, semblent avoir un usage agricole de type remises, greniers ou bien enclos pour le bétail. Elles seront remplacées dans un second temps par des plantations de vignes, la viticule s'étendant alors sur les pentes septentrionales de la butte des Carmes (fig 1).
Une chemin le long des remparts
Deux siècles plus tard, la cité grecque englobe la butte des Carmes et l'extension du rempart non loin du site s'accompagne de l'élaboration d'un chemin creux longeant le vallon de la Joliette. Ce chemin a perduré jusqu'à l'Antiquité tardive, période où il a été comblé par des blocs de grand appareil en calcaire rose de la Couronne (fig 2). Les 90 blocs déversés, vraisemblablement d'époque augustéenne, sont issus d'un monument circulaire d'un diamètre de 8 m environ, couronné d'une corniche moulurée à l'ornementation très sobre. Les restitutions architecturales laissent penser qu'ils pourraient provenir d'un mausolée ou bien d'une porte de ville en lien avec le rempart proche (fig 3 et fig 4).
Une période fort mal connue à Marseille : le haut Moyen Age.
Au début du VIIIe s., est établi sur l'ancien chemin, un habitat sommaire aux murs de terre crue posés parfois sur un solin de pierres régulièrement reconstruit alors que parallèlement s'accumulent sur la partie occidentale du site, des séquences de terres noires sur une hauteur de 1 m à 1,50 m.
A partir du XIe s., un changement dans les modes de construction apparait, un nouvel espace est bâti en moellons et est équipé de deux silos, il est complété dans un second temps par un puissant massif dont la fonction nous échappe.
Le renforcement du système défensif : le bastion des Dames
La période moderne nous offre le seul vestige in situ de la fortification : le bastion des Dames dont seules sont conservées les fondations. Etabli au XVIe s. le bastion renforce le système de défense de la fortification médiévale qui n'avait pas évolué depuis le XIVe s. (fig 7). Cet ouvrage est mis en place pour répondre à la menace des troupes de Charles Quint, qui revendique alors le comté de Provence et tente de s'emparer de Marseille à deux occasions. Le bastion des Dames est établi en partie sur l'église Saint-Cannat dont il intègre le chœur comme le montre les croquis dessinés par Joseph-Martin Marchand lors de la démolition de la fortification durant des grands travaux d'urbanisme et notamment le percement du boulevard des Dames (fig 8).
L'industrialisation du quartier
Enfin, la découverte de vastes structures industrielles témoigne du changement de vocation du quartier au cours du XIXe siècle. Les études d'archives ont permis de déterminer que certaines d'entre elles appartenaient à une tannerie et que le vaste ensemble de cuves et de conduits de chauffe présent dans la moitié est du site correspondait à une partie d'une raffinerie de sucre établie à partir de 1835 par le grand industriel Joseph Grandval (fig 9).









