
Figure 2 : Vue générale du site en fin de fouille depuis le sud-est cliché B. Michaudel, © Inrap
Description
Le projet de construction d'un immeuble d'habitation au 1 rue des Catalans dans le 7e arrondissement de Marseille a entraîné la réalisation d'un diagnostic archéologique en janvier 2019 qui a révélé la présence de maçonneries conservées en élévation et donc menacées de destruction par le projet. Ces maçonneries ont alors été interprétées comme des vestiges du lazaret de Saint-Lambert bâti au milieu du XVIe siècle dans le secteur ou de l'hôpital des équipages de galères créé dans la seconde moitié du XVIIe siècle au même emplacement. La fouille archéologique préventive réalisée par l'Inrap du 2 septembre au 6 décembre 2019 sur le même site a mis au jour plusieurs ensembles architecturaux qui témoignent de l'évolution de l'occupation et de l'affectation de l'anse des Catalans du XVIe siècle à nos jours (fig. 1). Le rapport final d'opération de la fouille a été remis au Service régional de l'archéologie en août 2022.Résultats
La fonction sanitaire de l'anse de Saint-Lambert à partir du XVIe siècle.La fouille des niveaux les plus profonds a révélé l'arase d'un large mur orienté nord-ouest sud-est posé contre le substrat bréchique à son extrémité nord-ouest et qui traverse l'ensemble du site. Contre le parement nord de ce mur sont élevés orthogonalement des murs de refend de même nature mais de plus faible largeur, délimitant au moins trois pièces contiguës de plan rectangulaire. D'après le mobilier céramique associé, les pièces pourraient être construites vers le milieu du XVIe siècle, à l'époque où le lazaret se dote d'une enceinte. De par sa localisation et ses caractères architecturaux, le mur large traversant le site pourrait correspondre à un segment de cette enceinte du lazaret. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les activités du lazaret de Saint-Lambert sont transférées dans de nouveaux bâtiments mieux adaptés localisés au nord de Marseille, et le complexe architectural délaissé est alors réaffecté en hôpital militaire des équipages de galères, faisant l'objet de travaux d'aménagement conduisant notamment à la destruction ou à l'agrandissement de bâtiments de l'époque du lazaret, ainsi qu'à la création d'une longue rampe reliant l'hôpital en hauteur à la plage en contrebas et traversant d'est en ouest l'emprise de la fouille archéologique.
L'installation des pécheurs catalans dans l'anse dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
L'hôpital des équipages de galères fonctionne jusqu'au dernier tiers du XVIIIe siècle, même si son activité est fortement réduite suite à la suppression du Corps des Galères par Louis XV en 1748. Il est ensuite désaffecté et est vendu avec ses terrains en 1782 à un particulier qui loue l'espace à une communauté composée de pêcheurs catalans et de leurs familles qui s'installent à Marseille à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les anciens locaux sanitaires des XVIe et XVIIe siècles, appelés désormais les « Vieilles Infirmeries », sont alors maintenus en l'état, à l'exception du rempart, devenu obsolète, qui périclite, tandis que des habitations voient le jour dans les espaces laissés libres. L'emprise de la fouille préventive, localisée à l'extrémité nord-ouest de l'ancien hôpital est concernée par ces campagnes de construction « catalanes » : des maisons contigües, précédées d'une galerie à arcades sont édifiées au nord du terrain et une vaste cabane est installée sur la plage. De même, une fosse à inhumation, contenant le squelette d'une jeune adulte, est creusée à cette époque à proximité de l'ancien rempart.
L'urbanisation et l'industrialisation du site à partir du second tiers du XIXe siècle
Le nombre de pêcheurs catalans installés sur le site des « Vieilles Infirmeries » diminue fortement dans le premier tiers du XIXe siècle et les bâtiments sont progressivement récupérés par la ville de Marseille pour être intégrés dans des projets d'aménagements industriels et portuaires. Une verrerie et une fabrique de soude sont ainsi mentionnés sur le site dans les années 1820-1830, de même qu'un hôtel des douanes dont les vestiges, à savoir le rez-de-chaussée d'un bâtiment de plan rectangulaire accessible par une porte monumentale et ceinturé par une calade, ont été mis au jour durant la fouille archéologique (fig. 3).
Dans le double contexte des travaux d'aménagement des Bains des Catalans tout autour de l'anse et de l'urbanisation du secteur localisé entre l'anse des Catalans et le fort Saint-Nicolas à partir des années 1860, les anciens bâtiments du lazaret et de l'hôpital, ainsi que les maisons des Catalans situés sur l'emprise actuelle de la fouille archéologique sont en grande partie démantelés afin de permettre l'élévation des soubassements d'un casino de style néoclassique dont la construction démarre en 1869. Dans le même temps, un collecteur d'eaux usées et une salle technique associée à ce dernier sont bâtis au pied des soubassements du casino et raccordés au quartier des Catalans en cours d'urbanisation. Suite à la faillite du projet balnéaire, l'édification du casino est stoppée et le bâtiment inachevé est alors utilisé comme entrepôt avant d'être acquis en 1890 par la sucrerie Giraudon et Fils. Parallèlement, le pourtour sud du bâtiment, correspondant à l'extrémité septentrionale de la plage primitive, est remblayé sur plus de 4 m de hauteur à l'aide des matériaux issus des démolitions des maisons anciennes du quartier des Catalans, afin de niveler une vaste cour constructible en vue de l'agrandissement de la sucrerie, qui fermera définitivement ses portes en 2008 (fig. 3).


