Boulevard Nédélec

Une fosse néolithique recoupée par un niveau de trous de piquets. © Inrap
Une fosse néolithique recoupée par un niveau de trous de piquets. © Inrap

Description

La fouille a précédé la construction d’une résidence hôtelière et d’immeubles d’habitation sur une parcelle de 2300 m2, située à l’angle sud-ouest du triangle formé par le boulevard Nédélec, la rue Bernard-du-Bois et la rue Longue-des-Capucins.

Une occupation datant du Néolithique a été mise au jour à cette occasion. La période grecque est représentée par un vignoble réparti sur l'ensemble du site. Enfin, une manufacture de soufre et de salpêtre est installée au XVIIIe siècle.

Résultats


Un site fréquenté au Néolithique moyen (fin du IVe millénaire avant notre ère)
Le site de Nédélec forme, avec les occupations repérées à proximité (fouilles de la rue Longue des Capucins, de la Voie nouvelle et de l’îlot Bernard du Bois), un vaste ensemble qui devait se déployer, au Néolithique, sur la totalité de la colline Saint-Charles.

La fouille a révélé que l’occupation du Néolithique moyen se composait d’une succession de couches archéologiques percées de trous de piquets, de poteaux et de fosses de petites dimensions. Ces trous étaient souvent groupés et alignés, faisant parfois penser à des traces de palissades. Les fosses, peu profondes, accueillaient probablement des grands récipients de stockage, tel ce vase complet retrouvé effondré au fond d’une fosse.

Deux structures construites avec des pains de terre évoqueraient l’utilisation de la technique de la terre crue.

Le mobilier archéologique est composé de céramiques, d’outils en silex et surtout de coquillages.

Les vestiges de poteries comprennent des écuelles carénées (arêtes fortement marquées), des jattes, de grandes marmites et de coupes en forme de calottes. Ces vases sont souvent pourvus de boutons, anses en rubans, cordons et languettes. Associée aux outils en silex, cette céramique permet de dater l’occupation du site de la fin du IVe millénaire.

Le silex provient en partie du Vaucluse (du Mont Ventoux et de la région d’Apt). Deux haches polies en roche verte, dont l’une pourrait être originaire des Alpes, témoignant d'échanges à longues distances, et une bille de calcaire caractéristique de la période ont également été découvertes sur le site.

Les seuls restes alimentaires mis au jour sur le site sont des coquillages, essentiellement des bigorneaux, des murex, des cérithes et des tritons-conques, ramassés sur les rivages rocheux environnants. Il convient de souligner que la consommation des coquillages, caractéristique majeure de ce site, demeure un fait exceptionnel chez des populations qui étaient depuis plusieurs générations des agriculteurs et des pasteurs.

Les études paléoenvironnementales ont en effet démontré que le paysage environnant avait été largement remanié par l'action humaine depuis l'installation des premiers occupants de la colline vers le VIe millénaire.

Antiquité grecque et romaine
À la période grecque, un vignoble s’installe presque directement sur les vestiges du Néolithique. Trois niveaux de traces agricoles, imbriqués et superposés, se succèdent. Ils suivent deux grands axes : nord-sud pour le plus ancien, est-ouest pour les plus récents. Il s’agit de tranchées longues d’une cinquantaine de centimètres à plusieurs mètres, disposées en rangs parallèles et associées à des trous de piquets correspondant sans doute à des tuteurs. Des logettes (petites cavités) entre les différents rangs de vigne permettaient de multiplier les ceps en les marcottant.

La période romaine est représentée par une unique tranchée, qui a pu appartenir à un bâtiment presque totalement disparu par la suite.

Une manufacture royale de soufre et de salpêtre du XVIIIe au XXe siècle
À l’exception d’un chemin empierré remontant à l’Antiquité tardive, le site ne semble plus avoir été occupé avant la période moderne, à la fin du XVIIIe siècle, quand une raffinerie de soufre et de salpêtre est installée entre la rue Bernard-du-Bois et le rempart moderne. Sa production, qui a duré jusqu’en 1922, alimentait en salpêtre la poudrerie de Saint-Chamas, et en soufre toutes les autres poudreries françaises.

La fouille a révélé une partie de l’état le plus récent de l’usine, dont les unités de raffinage étaient réparties dans deux bâtiments, l’un pour le soufre, l’autre pour le salpêtre. L’unité de raffinage du salpêtre était particulièrement bien conservée avec ses fourneaux en sous-sol, ses soutes à charbon et des pièces donnant accès aux fourneaux. Tout le réseau souterrain d’évacuation des fumées (les carneaux) existait encore. Concernant les autres parties de l’usine, rasée en 1926, il ne subsistait que des fondations, quelques conduits enterrés et des fonds de bassins.