Aqueduc de l'Huveaune

Dessin annoté de Joseph-Martin Marchand (1826) représentant quatre arches du viaduc dans le vallon de Sainte-Barbe. Cette section aérienne était alors dans un piètre état, arrosant les passants qui circulaient en-dessous. © DR
Dessin annoté de Joseph-Martin Marchand (1826) représentant quatre arches du viaduc dans le vallon de Sainte-Barbe. Cette section aérienne était alors dans un piètre état, arrosant les passants qui circulaient en-dessous. © DR

Description

L’aqueduc de l’Huveaune a été construit au XIIIe siècle pour alimenter en eau une population en augmentation qui ne pouvait plus se contenter des seuls puits. Il conduisait l’eau captée de diverses sources depuis le quartier de La Pomme, situé à l’est, jusqu’au cœur de Marseille. Devenu obsolète en 1849, après l’arrivée des eaux de la Durance dans la cité phocéenne, son canal a été comblé pour permettre l’installation d’une conduite en terre cuite.

La fouille, réalisée dans le cadre d’un chantier de construction, avait pour objectif de délimiter les vestiges de cet ouvrage médiéval, principalement connu jusqu’alors par les textes. L’opération prévoyait un décapage de la zone située autour de l’arche visible et, à l’ouest de celle-ci, sur le tracé supposé de l’ouvrage.

Résultats


Un tracé mal connu et pour partie détruit
L’ouvrage présentait des sections enterrées et aériennes. Son tracé souterrain dans Marseille, notamment dans la rue Bernard-du-Bois, reste hypothétique et n’a pas été reconnu sur le terrain.

L’aqueduc s’étendait sans doute depuis l’est de la ville jusqu’au rempart, zone de la Butte des Carmes détruite au XXe siècle. Sur des gravures anciennes (plan d’Ercole Negri, 1591, et plan Maretz, après 1644), l’une des sections aérienne est visible à l’extérieur du rempart, arrivant de la campagne depuis l’est.

Une autre section aérienne, connue par un dessin de Joseph-Martin Marchand de 1826, était indispensable pour enjamber le vallon de Sainte-Barbe. Elle a été détruite au XIXe siècle, car elle gênait la circulation. Il en subsiste une arche en arc brisé à l’ouest, sur le versant nord-est de la Butte des Carmes, toujours visible, devant le siège du Conseil régional, place Jules-Guesde. Sa datation est incertaine.

Une intervention archéologique limitée
Des couches en place sous l’arche brisée n’ont pas pu être fouillées : les archéologues craignaient en effet de menacer la stabilité de la structure, déjà fort malmenée par la construction de l’Hôtel de région.

L’intervention a toutefois permis de dégager, sur une longueur totale de 24,5 m, les piliers de deux autres arches, lesquels ont ensuite été détruits pour permettre la construction du siège du Conseil régional. Elle a également mis au jour un mur d’édifice, qui appartenait peut-être à une habitation non déterminée. La présence d’une couche de calcaire rose compactée (brasier) est une preuve de la taille sur place de blocs de pierre qui peuvent avoir constitué le revêtement de la canalisation de l’aqueduc.

Une restitution hypothétique
Les niveaux médiévaux de l’ouvrage se regroupent sur une période assez resserrée dans le temps, entre la fin du XIIIe siècle et la seconde moitié du XIVe siècle. La construction de ce qui était probablement des piliers date de la première moitié du XIVe siècle.

En mettant en relation ces piliers et le niveau de l’eau, connu par les traces repérées sur l’arche encore debout, on peut supposer qu’il y avait, à cet endroit, deux arcs en plein cintre. Il est donc possible d’envisager que la partie aérienne du vallon de Sainte-Barbe était formée d’un mur de soutènement percé d’un certain nombre d’arches, dont le nombre varie entre sept et neuf selon les gravures.

Les arches supportaient le canal aérien. Celui-ci était constitué de deux piédroits (mur ou pilier sur lequel s'appuie une voûte ou une arcade), faits de blocs revêtus d’un parement. Ce canal, dont l’intérieur était recouvert d’un béton de tuileau, reposait sur un lit de dalles horizontales. Le mode de couverture est inconnu.

Des différences de maçonnerie indiquent que l’ouvrage a fait l’objet de réfections durant la période moderne.