Cathédrale de la Vieille Major

Un des fragments de mosaïques polychromes découverts en 1994 (fragment P), avec son motif de cercles tangents. © C. Hussy, SRA, DRAC PACA
Un des fragments de mosaïques polychromes découverts en 1994 (fragment P), avec son motif de cercles tangents. © C. Hussy, SRA, DRAC PACA

Description

Profondément mutilée lors de la construction de la cathédrale de la Nouvelle Major (1852), qui l’amputa de deux travées, la cathédrale romane s’en est trouvée fragilisée. Ces travaux ont cependant permis la découverte de plusieurs fragments de mosaïques antérieures au Moyen Âge.

La fragilité de l’édifice, dont le sous-sol était perturbé par de multiples creusements, a justifié qu’y soient conduits, en 1994, à l’intérieur, des travaux de confortement. L’intervention archéologique qui a accompagné ces travaux a donc consisté à effectuer plusieurs sondages manuels le long des murs et piliers ainsi qu’à vider un grand nombre de caveaux modernes destinés à être remblayés. Elle a apporté des éléments sur la première cathédrale de la ville, probablement un édifice monumental.

Résultats


La cathédrale paléochrétienne (Ve siècle)
La fouille a permis de confirmer que la première cathédrale de Marseille, bâtie au Ve siècle, se trouvait sous l’emplacement de l’édifice médiéval. Le plan d’ensemble n’est pas conservé. Située au sud du baptistère, la cathédrale devait s’étendre jusqu’à la falaise, qu’elle dominait.

La découverte de plusieurs pavements de mosaïques comparables à ceux découverts au XIXe siècle, ainsi que de quelques structures bâties, permet toutefois de proposer la restitution d’un édifice monumental d’une soixantaine de mètres de longueur.

Les sept fragments de mosaïques polychromes proviennent de deux secteurs distincts, mais il est vraisemblable que le pavement d’ensemble se composait d’une succession de panneaux aux registres décoratifs distincts, dans lesquels prévalaient des canevas géométriques.

Au nord-est de la cathédrale, des espaces, dont l’un renfermait un silo et un puits, semblent avoir rempli une fonction plus utilitaire.

Évolution de la cathédrale au Moyen Âge
Pour le haut Moyen Âge, seuls les fragments de chancel (barrière séparant le chœur des autres parties de l’édifice) et d’une bordure d’autel découverts au XIXe siècle traduisent un réaménagement de l’espace liturgique. La partie intérieure de l’abside semi-polygonale pourrait quant à elle dater de la reconstruction partielle de la cathédrale mentionnée dans une ordonnance de l’évêque Pons II (1073).

La cathédrale romane, dont la construction semble s’être prolongée jusqu’à la seconde moitié du XIIe siècle, reprend en partie l’emprise de l’église paléochrétienne. Adapté à la pente naturelle du sol, l’édifice présente une architecture insolite, déterminée par les édifices antérieurs, et un style roman nettement « classique ».

En dehors de la chapelle Saint-Louis, ouverte dans le prolongement de la première travée de nefs, seuls deux caveaux funéraires sont attribués à la fin du Moyen Âge. Sous la sacristie moderne, une tombe en coffre de pierres renfermait le corps d’un enfant, illustrant ainsi l’étendue du cimetière médiéval au nord de la cathédrale.

Batteries de caveaux et installation de stalles à l’époque moderne
La fouille, associée à une étude anthropologique et des recherches en archive, permet d’avoir une vision globale de l’organisation de l’espace funéraire à l’intérieur de la cathédrale à l’époque moderne.

Devant répondre à la multiplication des demandes, les chanoines décident de multiplier les concessions. À une répartition spatiale éclatée des tombes succèdent ainsi, au cours du XVIIe siècle, de véritables lotissements de caveaux mitoyens. Les tombeaux, accessibles depuis une trappe, étaient équipés d’un système de pourrissoir permettant leur vidange. Dans la nef centrale, deux caveaux privilégiés accueillaient les corps des évêques et des clercs.

Au XVIIIe siècle, l’installation de stalles (rangées de sièges destinés au clergé) dans la travée de chœur contribue à la disparition des aménagements liturgiques antérieurs.

La construction de la cathédrale de la Nouvelle Major, à partir de 1850, entraîne la disparition de deux travées de nef, contribuant ainsi à l’amputation de l’édifice et à son isolement architectural.