Localisation des sites sur le territoire de Rennes

61-65 rue d'Antrain 2023

Vue d'ensemble de la fouille depuis le nord  61-65, rue d'Antrain, Rennes (Ille-et-Vilaine), 2023  © Inrap
Vue d'ensemble de la fouille depuis le nord
61-65, rue d'Antrain, Rennes (Ille-et-Vilaine), 2023
© Inrap

Description

La fouille du 61-65, rue d'Antrain fait suite au dépôt d'un projet d'aménagement de Bouygues Immobilier. La surface étudiée (3 250 m2) est située en bordure de la ville antique, au nord d'un secteur particulièrement riche du point de vue archéologique. À plusieurs reprises depuis le XVIIIe siècle, des vestiges et objets romains ont été signalés ou exhumés à l'occasion de travaux. Plus récemment, plusieurs diagnostics archéologiques et fouilles particulièrement fructueux en termes de découvertes ont eu lieu dans ce quartier de Condate (Parc des Tanneurs).

Résultats

La découverte majeure consiste en une carrière d'extraction de pierre remontant à l'époque romaine. C'est la première identifiée à Rennes. Il s'agit d'une vaste excavation atteignant plus de 2 mètres de profondeur et faisant probablement partie d'une zone d'exploitation du sous-sol s'étendant sur une surface plus vaste, actuellement occupée en partie par du bâti.

Exploitée aux Ier et IIe siècles de notre ère, elle a fourni les bâtisseurs de la ville en pierres de schiste briovérien. Cette pierre de médiocre qualité était surtout débitée en plaquettes. Elle servait principalement à empierrer les sols de circulation des cours, des ruelles, des chaussées de la ville, voire les fondations des maisons. Les veines qui permettaient d'extraire des blocs plus gros approvisionnaient les chantiers de construction. Ces blocs étaient liés au mortier de chaux pour édifier les murs de nombreux bâtiments et maisons.

Le cadre de travail des carriers de Condate

La fouille a permis de mieux comprendre les gestes des carriers en retrouvant les traces des outils utilisés et les méthodes employées pour extraire les matériaux. La mise en évidence de paliers successifs a permis de comprendre comment était organisée la carrière au fur et à mesure de l'exploitation du sous-sol.

Une excavation devenue dépotoir

Après son abandon au IIe siècle, la carrière est utilisée comme dépotoir. Comme cela était fréquent, on tirait parti de ces vastes creusements pour évacuer les déchets quotidiens. En théorie, dans le monde romain, ceux-ci étaient collectés et des magistrats veillaient à la propreté des rues. De ces accumulations de déchets divers, seuls nous sont parvenus ceux qui n'étaient pas en matières périssables. En effet, la carrière n'était pas assez profonde pour permettre des remontées d'eau qui auraient favorisé la conservation de matières organiques (comme cela a été le cas pour la carrière médiévale de la place Sainte-Anne, dépotoir Sainte Anne). Des dizaines de kilos de vaisselle en céramique, plusieurs statuettes de divinités en terre cuite, des monnaies perdues et des éléments de parure (fibules) ont été sortis de terre au cours de la fouille. Ces objets divers offrent une bonne vision de la vie quotidienne.

Des artisans au Moyen Âge

À la fin du Moyen Âge, l'excavation est comblée. Les lieux sont alors occupés, notamment par des artisans. La mise en évidence d'un four de potier et de puits témoigne de leur activité. Des bâtiments sommaires sur poteaux plantés complètent ces installations qui bordent un chemin menant au moulin Saint-Martin situé un peu plus bas sur les rives de l'Ille.

Des jardins à l'époque moderne

À l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècles), cet espace est occupé par des jardins dépendant de l'ancien hôtel des Demoiselles. Cette belle maison d'éducation pour jeunes filles, récemment démolie pour faire place à un immeuble, deviendra par la suite le couvent puis le pensionnat de l'Adoration. De cette époque, ont aussi été retrouvés les restes d'une canalisation qui alimentait certains quartiers de Rennes en eau, que l'on appelle canalisation de la Duchesse Anne.